Certains arbitres officiels de football vont porter des caméras pendant les rencontres. La rencontre en D2 entre Tours Olympic et Saint-Avertin, dimanche 25 janvier, était le deuxième match d’expérimentation de ce dispositif.
Une petite caméra installée sur un harnais pourrait bien changer le football amateur en Touraine. Le dispositif, testé par le district d’Indre-et-Loire, vise une diminution des cas de violences sur les pelouses. Sylvain, arbitre officiel du match entre Tours Olympic et Saint-Avertin dimanche 25 janvier 2026 au stade des Tourettes à Tours, est un des premiers arbitres à porter ce harnais. La caméra, c’est selon lui “une bonne mesure, si ça permet d’aider les arbitres ainsi que les joueurs. Maintenant, ça reste du football en amateur et je pense que c’est dommage d’en arriver là.“
Lui-même arbitre depuis plus de vingt ans, et il a assisté à des situations tendues : “Je ne me suis jamais fait frapper, mais parfois, on doit appeler la police. Heureusement, ça n’arrive pas tous les week-ends : ça a dû m’arriver cinq fois en 23 ans d’arbitrage.” Des situations tendues, qu’il pourrait être ammené à filmer si elles tombent sur un match concerné par ce nouveau dispositif. Ces caméras sont déclenchées par l’arbitre, s’il envoie qu’une situation peut dégénérer. Elles filment 30 secondes avant que l’arbitre n’appuie sur le bouton, et 30 secondes après qu’il l’éteigne, afin de filmer au mieux toute la scène.
Les caméras bien reçues par le football amateur
Derrière la main courante, Michel, vice-président de Tours Olympic, estime que ces caméras sont une bonne idée : “Moi, j’ai construit ce club il ya 36 ans, et c’est un club de Guinéens. Et ça, ça n’a pas plu à certains, on a été insultés, des insultes racistes. Alors, je pense que ces caméras c’est une bonne idée. Ça aidera tout le monde et ça fera progresser le football qui a tendance à se dégrader.“
À côté de lui, des partisans de Saint-Avertin n’avaient même pas remarqué que l’arbitre portait une caméra. L’un d’eux hausse les épaules : “C’est bien pour éviter les bagarres et les menaces contre l’arbitre. C’est vrai que ça arrive. Si on peut éviter tout ça, ce serait mieux.” Car effectivement, les arbitres sont parfois chahutés, voire pire. Ludovic, drapeau d’arbitre assistant à la main, se souvient très bien d’avoir été agressé verbalement quatre ans avant : “Sur une faute d’un joueur, je siffle. Tout le monde s’est mis sur le joueur et puis, ils lui ont mis des coups de poing, et c’est parti en bagarre générale. J’ai sifflé l’arrêt du match, les cartons sont tombés. Mais j’ai dû être escorté par la police pour repartir. Les supporters voulaient m’attendre, me taper dessus. Maintenant, ça va un peu mieux, mais j’ai toujours un peu peur quand il y a de grosses équipes.”
À la fin du match, conclu par un score de 3 à 1 pour Tours Olympic, Sylvain sort du terrain. L’arbitre est content, il n’a pas senti de tension dans le match, mise à part une contestation amicale : “Les joueurs des deux côtés ont été très corrects. La preuve, il n’y a pas eu de carton !” Il a quand même allumé la caméra pour tester l’appareil. Une lumière rouge apparaît quand il appuie sur le bouton central. Malgré ça, les joueurs ont vite oublié qu’ils étaient anormalement filmés. Yasser, joueur de Saint-Avertin, témoigne : “Quand on est dans le match, on l’oublie vite. Aujourd’hui, ça s’est super bien passé. C’est ce qu’on aime, on aimerait que ce soit tous les dimanches comme ça, alors ça peut servir la caméra.” Les joueurs de Saint-Avertin, tout comme leurs adversaires et leurs dirigeants, ont été prévenus par le district 48 heures avant le match que l’arbitre serait équipé d’une caméra. Si le club refuse de jouer à cause de ce dispositif, il est déclaré perdant sur tapis vert.
Un dispositif encore au stade de test
Autant de détails du fonctionnement dictés par la fédération française de football. Nicolas Coutant, référent de la question au district d’Indre-et-Loire, recueille les retours des joueurs, de l’arbitre et des autres acteurs, et il assume le côté expérimental : “Certaines questions restent en suspension, c’est pour ça que c’est une phase de test.” Pour lui, ces caméras sont un outil très intéressant, même si elles ne règlent pas tous les cas de violences : “Si c’était la solution magique, tous les matchs seraient filmés tous les week-ends. Est-ce que ça peut être un outil pour tenter de limiter certaines formes de violence ? Je pense que oui.” Une des limites déjà visibles dans le dispositif : les arbitres bénévoles ne peuvent pas porter la caméra, ou ce sont souvent leurs décisions qui sont les plus contestées.
Les matchs concernés par cette expérimentation sont déterminés par une commission dédiée. Elle identifie les matchs comme à risque, soit parce qu’il y a eu des incidents antérieurs, soit parce qu’il y a un enjeu sportif particulier. Certaines rencontres seront également sélectionnées par une part de hasard. Nicolas Coutant insiste : “le but n’est absolument pas de stigmatiser les clubs, ce n’est pas du tout pointer du doigt. L’objectif, c’est de mettre l’arbitre et le corps arbitral dans un confort. Ça permet d’apaiser les comportements et que chacun puisse prendre en compte le fait que s’il ya un incident, c’est filmé.” Des images qui pourraient potentiellement servir de preuve en cas de litige, côté joueur comme côté arbitre, d’autant que la préfecture d’Indre-et-Loire a signé une convention avec le district pour faciliter les dépôts de plainte et les procédures en cas de violences dans le football.
Quant à la question du droit à l’image, Nicolas Coutant explique : “comme les joueurs sont prévenus en amont de la présence de la caméra, par mail et par l’arbitre qui le dit à nouveau au capitaine, on estime que s’ils jouent, ils sont consentants à être éventuellement filmés. S’il y a une remontée d’incident, les images de la caméra sont récupérées via un processus très sécurisé, puis conservé 30 jours sur une plateforme là-aussi très sécurisée. S’il n’y a pas d’enquête, les images sont détruites après 30 jours. S’il y a une enquête, elles peuvent être gardées plus longtemps. Une fois la caméra allumée, impossible de supprimer ou de modifier les images qui sont filmées, ce qui permet d’éviter une corruption d’éventuelles preuves.”
