Avec notre correspondant à Abidjan, Bineta Diagne
Le Djidji Ayokwé a été accueilli par une cérémonie sobre et courte. Le tambour parleur est arrivé vers 06h00 du matin, ce vendredi, par un vol spécial affrété par le gouvernement de la Côte d’Ivoire.
Il est enfermé dans une caisse volumineuse, frappée des mentions « fragile » et « lourd ». Et pour cause : le tambour mesure 4 mètres de long et pèse 430 kilogrammes.
La caisse en bois n’a pas été ouverte dans l’immédiat, car le tambour doit encore subir une période d’acclimatation. Une précaution indispensable « pour éviter d’éventuels dégâts », explique l’archéologue Hélène Kienon Kaboré, qui préside le Comité scientifique du retour du tambour parleur. « Ce bien va rester sous surveillance par des spécialistes, pour maintenir son intégrité culturelle », poursuit cette source.
Mais l’émotion était palpable ce matin : l’ensemble des communautés bidjans étaient rassemblées dans la cour du pavillon présidentiel de l’aéroport. À leurs côtés, quelques officiels, dont l’ambassadeur de France et le représentant de l’Unesco.
« C’est un jour historique, un moment de justice et de mémoire », affirme Françoise Remarck, la ministre ivoirienne de la Culture. « Ton retour est un message pour nos jeunes qui ont décidé de s’approprier leur Histoire », a-t-elle ajouté.
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Période d’acclimatation
Puis le tambour a été salué par la « danse guerrière », interprétée par les chefferies traditionnelles.
« Je suis soulagé, ce n’est pas qu’un objet, c’est une partie du peuple atchan. C’était la pièce manquante de notre puzzle qui, aujourd’hui, se trouve complète », affirme Guy George Aboussou Mobio, chef traditionnel d’Adjamé-Bingerville.
C’est un instrument de communication : il permettait de transmettre des messages rituels. Il servirait aussi à alerter les villageois au moment des opérations de recrutement forcé par les colons. C’est aujourd’hui toute cette histoire que les peuples bidjans veulent honorer et entretenir, en récupérant ce tambour.
« C’était un élément central de leur sociétéinsiste l’archéologue Timpoko Hélène Kienon-Kaboré, la présidente du Comité scientifique du retour du Djidji Ayôkwè. C’est ce tambour qui leur permettait de transmettre des messages de guerre, de se rassembler et de mettre en place des stratégies. La technique de confection du tambour leur permettait d’envoyer des messages à plus de 50 km. »
Une fête nationale sera organisée prochainement à laquelle les communautés Bidjan seront pleinement associées. La date n’a pas encore été fixée. Puis, le Djidji Ayokwé devrait être exposé au cœur du musée des Civilisations, restauré à cet effet.
Ainsi, l’association IBHM (Ivoire Black History Month) effectuera une tournée dans cinq grandes villes, avec un modèle virtuel de la pièce, pour transmettre son histoire aux jeunes. Cris Douty a participé à la numérisation de ce bien culturel. Il a adapté cette pièce en image 3D, mais également en jeu vidéo : « On peut voir comment il a été conçu. Comment il a été dérobé. Le voyage aller et le voyage retour. C’est très important pour que chaque personne puisse s’approprier une œuvre muséale grâce à la 3D et au jeu vidéo. On peut jouer avec cet instrument de musique, par exemple, pour pouvoir le voir sous différents aspects. »
Le Djidji Ayokwé est le premier objet réclamé à la France par la Côte d’Ivoiresur une liste comprenant 148 biens culturels. Son retour a été rendu possible après un long chemin à la fois politique, juridique et diplomatique.
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