Ils sont près de 5 000 à avoir été relocalisés en un an. Lancé par Donald Trump au nom d’une supposée « persécution » des fermiers blancs sud-africains, le programme d’accueil des Afrikaners révèle aujourd’hui un bilan contrasté.
C’est une politique migratoire à rebours des normes internationales. Depuis plusieurs mois, les États-Unis accueillent quasi exclusivement des Afrikaners sud-africains, ces descendants de colons européens — principalement néerlandais, français huguenots et allemands — installés en Afrique du Sud depuis le XVIIe siècle et longtemps associés au pouvoir sous l’apartheid.
Près de 5 000 ont déjà été relocalisés, selon l’AFP, d’après un document du département d’État américain consulté par l’agence.
« Les 4 499 personnes admises (…) sont toutes sud-africaines, à l’exception de trois Afghans »précise le document cité par l’AFP, illustrant la concentration inédite du dispositif.
Un basculement que décrit Le Moniteur de la Science Chrétiennequi parle d’une « rupture profonde » avec le modèle migratoire américain, historiquement fondé sur l’accueil de réfugiés venus de zones de guerre. Le journal rappelle que le plafond annuel a été abaissé à 7 500 entrées, contre plus de 100 000 sous Joe Biden.
Un dispositif né dans un climat politique explosif
Cette décision s’inscrit dans un contexte diplomatique tendu. Lors d’une visite à la Maison Blanche en mai 2025, le président sud-africain Cyril Ramaphosa aurait été, selon plusieurs médias, médusé par la diffusion de photos et vidéos présentées par Donald Trump pour illustrer une prétendue persécution des Blancs en Afrique du Sud.
Des éléments que Pretoria conteste fermement. Le gouvernement sud-africain qualifie ce programme de « fondamentalement erroné »reposant sur des récits « discrédités »selon la presse locale.
La réalité est pourtant sans équivoque : la minorité blanche représente environ 7 % de la population mais détenait encore 72 % des terres agricoles en 2017, selon les données officielles reprises par la presse internationale.
Une accélération des départs vers les États-Unis
Les premiers vols charters ont atterri à Washington en mai 2025. Depuis, les départs se poursuivent sur des vols commerciaux, avec un rythme en hausse : environ 1 300 arrivées en mars et plus de 1 500 en février, selon les données reprises par les agences de presse.
Le seuil des 5 000 relocalisations devrait donc être rapidement dépassé. Le programme s’inscrit dans un quota annuel fixé à 7 500 réfugiés sud-africains, très loin des quelque 100 000 admissions annuelles sous l’administration Biden.
Le récit contesté d’une « persécution »
Pour justifier ce programme, Washington a rencontré en avant une prétendue discrimination visant les fermiers blancs sud-africains. Une lecture relayée par certaines personnalités influentes, dont Elon Musk.
Mais ce récit est largement contesté. Le gouvernement de Cyril Ramaphosa rejette les accusations « fondamentalement erronées »rappelle la presse sud-africaine.
De son côté, The Conversation démonte cette thèse et affirme que « l’idée d’un ‘génocide blanc’ (…) est complètement fausse ». Les médias rappellent que la majorité des victimes de violences en Afrique du Sud sont noires.
Une réalité sociale souvent trompeuse aux États-Unis
Une fois arrivée sur le sol américain, la réalité s’éloigne souvent des promesses. Comme le raconte Newsday, s’appuie sur une enquête du Presse gratuitede nombreux réfugiés Afrikaners vivent dans des conditions précaires.
Le journal décrit des familles « logées dans des habitations insalubres, infestées de cafards »,confrontés à l’insécurité alimentaire et à des quartiers marqués par la criminalité.
Certains témoignages sont plus crus encore. Un réfugié évoque un appartement « sale et moisi »situé dans un environnement dominé par la drogue et la prostitution. D’autres expliquent ne manger « qu’un repas par jour » faute de ressources suffisantes.
Selon l’enquête, les aides publiques — environ 2 000 dollars par personne — sont rapidement absorbées par le, laissant peu de moyens pour vivre dignement.
Le retour en Afrique du Sud comme horizon
Face à ces difficultés, certaines font déjà marche arrière. Comme le souligne Reuters, plusieurs milliers de Sud-Africains envisagent désormais de rentrer, malgré les discours alarmistes sur leur pays d’origine.
« Je ne veux pas vivre dans un endroit comme ça »confie un expatrié cité par l’agence, évoquant les violences urbaines aux États-Unis.
Le phénomène s’amplifie : des milliers de personnes se renseignent sur la récupération de leur nationalité sud-africaine, attirées par un coût de la vie plus bas et une qualité de vie jugée plus stable.
Une politique aux arrière-plans idéologiques supposés
Au-delà des trajectoires individuelles, cette politique interroge. The Conversation y voit l’expression d’une logique ancienne, où « la blancheur devient un critère migratoire ».
Le média inscrit cette stratégie dans une histoire longue des politiques visant à préserver les équilibres raciaux dans les pays occidentaux.
Dans ce contexte, l’accueil prioritaire des Afrikaners apparaît comme une exception majeure, alors même que d’autres populations fuyant des conflits majeurs restent exclues du programme.
Une fiction politique devenue outil diplomatique
Le programme Trump met ainsi en lumière une Afrique du Sud relue à travers le prisme d’un « génocide blanc » largement contesté par les statistiques. Selon les données d’AfriForum reprises par la presse sud-africaine, 49 meurtres d’Afrikaners ont été recensés en 2023-2024, soit 0,2 % des 27 621 homicides enregistrés dans le pays.
Pourtant, cette lecture devient un outil politique et idéologique structurant, justifiant la priorité accordée aux réfugiés blancs. Elle s’inscrit dans des continuités historiques qui dépendent des politiques migratoires des États-Unis à celles de l’Australie, du Canada ou de la Nouvelle-Zélande au XXe siècle.
Un révélateur des fractures contemporaines
Entre discours politiques et réalités sociales, le programme américain met en lumière de profondes contradictions.
Comme le résumé The Christian Science Monitor, il s’agit d’un dispositif qui « singulariser un groupe » dans un système historiquement universel.
Présenté comme un refuge, l’exil américain apparaît pour certaines comme une impasse — voire un détour avant un possible retour en Afrique du Sud.

