
Au Sénégal, l’adoption d’une loi qui durcit les peines pour homosexualité et une vague d’arrestations de personnes présuppose que les homosexuels entretiennent un climat homophobe dans le pays. Ces dernières semaines, les témoignages de dénonciations ou de cas de violences vis-à-vis de personnes présumées homosexuelles se multiplient. Face à l’absence de structures pour soutenir les personnes homosexuelles dans leur pays, certaines se tournent vers une association française, STOP homophobie, qui propose une ligne d’écoute internationale.
Installée à son bureau, Inès débute sa permanence téléphonique. « Je ne me sens absolument pas en sécurité ici, j’ai un ami qui a été arrêté et les gens sont vraiment mais vraiment très violents, peut-on entendre au bout de la ligne. On est vraiment obligés de faire attention à notre manière de parler, de marcher. Moi, ce qui me fait peur, c’est que puisque la gendarmerie fait beaucoup d’enquêtes sur les gens, je pourrais me faire arrêter. Ça me bouleverse, j’avoue, je sais pas quoi faire. »
La bénévole présente ce que STOP à l’homophobie peut faire pour l’aider : « On va signaler votre cas au ministère des Affaires étrangères, et puis on réfléchira à une autre solution, peut-être votre déplacement dans un autre pays qui serait plus sécurisé. »
Pendant l’appel, le téléphone n’arrête pas de sonner. Et les récits se ressemblent. L’association aide déjà 43 Sénégalais qui cherchent à fuir, malgré ses moyens d’action limités. « C’est une panique générale, et malheureusement, il n’y a pas de solution miracle ou immédiatese désole la bénévole. Il faut les écouter, essayer de leur donner de l’espoir, mais sans promettre qu’il y aura un dénouement tel qu’ils peuvent se l’imaginer, c’est-à-dire quitter leur pays et venir en France. »
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En danger au Sénégal, en suspens en France
Les demandes sont longues, difficiles à obtenir, même si la France a classé le Sénégal comme paie à risque en raison des persécutions contre les personnes LGBT. Certains ont tout de même réussi à fuir ces derniers mois. Deux Sénégalais vivent dans la maison d’Allanah en banlieue parisienne. « J’ai échappé à la mort contrairement à mon ami. Il a été poignardé. Et ma famille m’a dit : ce qu’on lui a fait, si tu ne change pas, tu seras le suivant, témoigne Thierno, un nom d’emprunt. Arrivé il y a quelques jours, il est encore traumatisé. Ma vie a basculé, j’étais tellement bien là-bas. Et je ne savais même pas que si je venais en France les choses seraient plus difficiles. En tant que demandeur d’asile, ce n’est pas facile, c’est comme si tu mettais ton destin en pause, attendant un oui ou un non. Tout ça parce qu’on ne peut pas être accepté au pays. J’ai même tenté de me suicider à plusieurs reprises. La maison d’Allanah est arrivée au bon moment pour moi, je me sens en sécurité. »
Thierno assiste à sa convocation pour sa demande d’asile. Unique espoir pour rester en France et ne plus être victime de discriminations. Avec l’aide de l’association, trois visas humanitaires ont déjà été accordés aux Sénégalais.
À écouter dans L’invité Afrique midi«Les Sénégalais ont du mal à intégrer la question de l’homosexualité dans leur quotidien»

