Quelque 400 personnes ont été tuées lundi soir dans une frappe pakistanaise sur un hôpital pour toxicomanes de Kaboul, ont annoncé mardi les autorités afghanes, l’attaque de loin la plus meurtrière dans le conflit qui s’oppose au Pakistan à l’Afghanistan depuis des mois.
Les autorités talibanes afghanes ont fait état mardi de 408 morts et 265 blessés dans cette frappe, sans exclure un bilan plus élevé. La frappe pakistanaise a eu lieu lundi vers 21h heure locale (17h30 heure de Paris).
« La frappe a été si forte que certains corps ont explosé »
« D’après ce que nous avons vu et ce dont nous avons discuté avec les autres (agences) impliquées dans les opérations (de secours), nous pouvons dire qu’il ya des centaines de morts et de blessés », a déclaré ce mercredi Jacopo Caridi, directeur pour cette région de l’ONG Norwegian Refugee Council (NRC).
Le NRC, qui intervient dans plusieurs régions d’Afghanistan, s’est rendu sur le site du centre de traitement pour toxicomanes mardi matin pour « voir la réalité sur place » et si elle pouvait fournir une aide, a précisé Jacopo Caridi en évoquant des scènes « horribles ».
« Cette structure, qui était supposée accueillir environ 2 000 patients était très lourdement endommagée, certaines parties étaient complètement détruites. (…) Nous avons vu beaucoup de morceaux de corps disséminés, c’était choquant, la frappe a été si forte que certains corps ont explosé », a poursuivi Jacopo Caridi. « Certains bâtiments avaient complètement brûlé. »
Kaboul accuse Islamabad, qui dit avoir visé « des cibles militaires »
Le porte-parole du gouvernement afghan, Zabihullah Mujahid avait accusé lundi les forces pakistanaises d’avoir « visé » ce centre de traitement contre les addictions à Kaboul.
Mardi, Islamabad a apporté un démenti : « Aucun hôpital, aucun centre de désintoxication et aucune installation civile n’ont été pris pour cible », a assuré le ministre pakistanais de l’Information, Attaullah Tarar. « Les cibles étaient des infrastructures militaires et terroristes liées à des activités hostiles contre le Pakistan », a-t-il ajouté.
Dans la soirée, le ministre afghan des Affaires étrangères, Amir Khan Muttaqi, a averti que, bien que l’Afghanistan ne souhaite pas la guerre, il continuerait de prendre « des mesures défensives proportionnées et légitimes jusqu’à ce que l’autre partie cesse ses violations ».
« Les responsables doivent être traduits en justice conformément aux normes internationales », a dit le porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme Thameen Al-Kheetan devant la presse à Genève.
L’UE appelle l’Afghanistan et le Pakistan « à la retenue »
La mission de l’ONU en Afghanistan a appelé à un « cessez-le-feu immédiat », tandis que la Chine, qui avait dépêché un envoyé spécial pour servir de médiateur entre les deux pays avant le bombardement de lundi, s’est engagée à « jouer un rôle constructif dans l’apaisement des tensions ».
L’Union européenne a quant à elle appelé le Pakistan et l’Afghanistan à la « retenue », tandis que l’Inde, qui entretient des relations très tendues avec le Pakistan, a déclaré « une attaque barbare ».
Les autorités afghanes ont appelé les familles à accepter que leurs proches tués soient enterrés dans une fosse commune.
Des mois de conflit
L’Afghanistan et le Pakistan sont en conflit depuis des moisIslamabad accuse les autorités afghanes d’accueillir des combattants du mouvement des talibans pakistanais (TTP) qui ont revendiqué des attaques meurtrières sur le sol pakistanais, ce que le gouvernement afghan dément.
Après une escalade en octobre qui avait fait des dizaines de morts, les affrontements s’étaient calmés sans jamais s’arrêter.
Mais ils ont repris avec intensité le 26 février après des frappes pakistanaises, Islamabad parlant le lendemain de « guerre ouverte » et bombardant Kaboul dans la foulée.

