Des râles de douleur s’échappent du temple Sui Boon Tong au petit matin. Le jour n’est pas encore levé qu’au premier étage du bâtiment religieux des dizaines de personnes tremblaient déjà de tout leur corps, les yeux révulsés. Ces Ma chanson – « chevaux des dieux », en français – sont des médiums spirituels capables de communiquer avec les esprits divins, selon la tradition taoïste.
Au milieu des fidèles, qui riches par centaines pour assister au spectacle malgré l’horaire matinal, un jeune homme en transe s’assied sur un tabouret en plastique. Sans le prévenir, son maître lui transperce d’un seul coup les joues avec de longues photos en fer. Il lui perfore ensuite la lèvre inférieure avec un grand sabre, mais le garçon reste stoïque. Une flopée de téléphones portables filme calmement la scène. Dans la tradition, ces piercings extrêmes ont pour mais d’absorber la douleur accumulée par la faute au cours de l’année passée et d’assurer une protection aux croyants pour celle à venir.
Une fois mutilés, les Ma Song s’élancent dans une longue marche à travers la ville pour bénir les passants. Celle-ci est répétée chaque jour, pendant neuf jours. Cette procession s’appelle le « chemin des morts ». C’est un moment clé du calendrier taoïste, qui n’a lieu qu’une fois par an, généralement vers le mois d’octobre, en fonction de la position de la Lune dans le ciel.
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