
Enfant dans l’Algérie coloniale, puis militant clandestin en France sous le nom de Malek, Ali Chaïb raconte à son fils Amine une vie marquée par la guerre, l’exil, l’engagement politique et le poids d’un héritage longtemps resté fragmentaire.
Les racines d’un silence : De l’Algérie coloniale à l’exil politique
Au fil de leur déambulation au parc Georges Brassens à Massy, Ali et Amine Chaïb discutent du passé de l’Algérie qui a marqué leur famille. Ali raconte son enfance dans le village de Saint-Paul, au milieu des vignobles où son père travaillait pour des compagnies coloniales. Il dépeint avec précision la dualité d’un monde où les communautés se cotoyaient sans se voir, un univers régi par le rapport de force et l’implicite.
« On savait ce qu’était le colon. Si tu veux, ils pouvaient te faire pisser dans la culotte dans sa façon de te rabrouer, etc » – Ali Chaïb
Le poids de la clandestinité et de l’héritage
Après la guerre d’indépendance, Ali Chaïb a été contraint à l’exil en France. À la recherche d’un emploi, il vit une double vie sous le pseudonyme de « Malek ». Il a vécu vingt ans de militantisme clandestin, une vie d’ombre où la cause politique passait parfois avant la vie de famille, au point de surprendre ses propres enfants. Ce récit est aussi celui d’une réappropriation de l’histoire de France. Ali évoque son propre père, tirailleur algérien ayant participé au débarquement de Provence et à la campagne d’Allemagne. Il a été remercié par l’armée mais méprisé par la République à l’heure de la retraite.
« Parce que les partis politiques, ça broie les individus, au bout d’un moment, tu as des comportements de secte. Tu sais, la politique dans ces années-là c’était compliquée. » – Ali Chaïb
À travers des extraits de pièces comme Le Lys et le Jasmin, père et fils s’interrogent sur leur place dans la société française actuelle et sur l’universalité des luttes contre l’injustice.

