Le 11 avril 2026 restera sans doute comme l’un des moments forts de la vie culturelle ivoirienne. Sur l’esplanade du Palais de la Culture de Treichville, la cérémonie d’ouverture du MASA 2026 a offert un spectacle d’une intensité rare, alliant excellence artistique, diversité des expressions et ambition continentale.
Dès les premières notes, le ton est donné : celui d’un rendez-vous où l’Afrique se raconte, se parle, se met en scène et se projette. Sous la direction du chorégraphe Georges Momboye, le Ballet national de Côte d’Ivoire a livré une performance magistrale, mêlant danses traditionnelles et urbaines, dans une harmonie chorégraphique d’une précision remarquable.
Une fresque artistique d’une richesse exceptionnelle
L’ouverture s’est faite au son du tambour haut-parleur, véritable appel aux racines, avant de laisser place à une montée en puissance scénique. Une centaine de danseurs investissent l’espace, dans un jeu de tableaux dynamiques où modernité et tradition dialoguent sans cesse. Les costumes, à la fois contemporains et inspirés des codes traditionnels, subliment une scénographie ambitieuse. Chaque mouvement semble pensé, chaque enchaînement exécuté avec rigueur.
Au cœur de cette orchestration, la performance du chef d’orchestre Guei Thomas s’impose comme un moment d’exception. À la tête d’un ensemble de percussions, il déploie une véritable symphonie rythmique, fondée sur un subtil jeu d’appel et de réponse. La virtuosité est totale, la communion avec le public immédiat.
Un spectacle total : entre cirque, slam, conte et théâtre
Loin de se limiter à la danse, la cérémonie embrasse plusieurs disciplines artistiques. Acrobaties, performances de cirque, marionnettes géantes : la scène devient un espace d’expérimentation et d’émerveillement. Le slam et le conte viennent ensuite suspendre le temps. Les mots s’imposent avec douceur et puissance, portés par un rythme maîtrisé qui captive l’audience. Puis le théâtre prend le relais, avec une interprétation du classique Monsieur Thogo-Gnini de Bernard Dadié, offrant un moment à la fois émouvant et engagé. Cette diversité artistique illustre parfaitement l’ADN du MASA : un espace où toutes les formes d’expression dialoguent.
Un carrefour culturel entre les continents
Avec le Maroc et le Brésil comme invités d’honneur, cette 14e édition affirme son ouverture internationale. Les influences se croisent, à l’image de la capoeira brésilienne, symbole de résistance et d’identité. Sur scène, les corps parlent avant les mots. Chaque prestation devient un langage universel, une traversée entre héritage et modernité. Parmi les moments les plus marquants de cette cérémonie, la prestation de la délégation marocaine a particulièrement retenu l’attention. Le Maroc a proposé une performance centrale sur les tambours maghrébins, accompagnés de chants traditionnels. La puissance des percussions, alliée à la richesse vocale, a créé une atmosphère immersive et envoûtante. Le public, conquis, n’a pas hésité à exprimer son enthousiasme à travers de longues ovations.
Cette prestation, à la fois identitaire et artistique, a parfaitement illustré le discours culturel du pays invité : un subtil équilibre entre tradition, énergie collective et expression contemporaine. Le MASA confirme ainsi son statut de plateforme incontournable de la création africaine et mondiale.
Une scénographie au service d’un message
Le décor, représentant une ville stylisée et, agit comme un manifeste visuel : celui d’une Afrique urbaine, jeune, créative et lumineuse vers l’avenir. Face à cette mise en scène, le public joue un rôle central. Dense, réactif, engagé, il ne se contente pas de regarder : il participe, vibre, répond. Une véritable communion artistique s’ouvre.
Des discours entre culture et économie
La cérémonie a également été marquée par des interventions fortes. Le Premier ministre Robert Beugré Mambé a souligné l’importance du MASA comme moteur de « l’économie orange », capable de générer à la fois richesse et cohésion sociale. De son côté, Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de l’OIF, intervenante à distance, a rappelé que l’art est un espace essentiel de convergence des imaginaires, insistant sur la nécessité d’accompagner la jeunesse face aux défis du numérique. La Ministre de la Culture et de la Francophonie, Mme Françoise Remarck s’est satisfaite de toute cette contribution pour le développement de la culture et des arts. Sous la direction d’Abou Kamaté, le MASA se positionne plus que jamais comme un incubateur de talents et un catalyseur pour les industries culturelles.
Critique de la conclusion
Si cette ouverture du MASA 2026 impressionne par sa qualité artistique exceptionnelle et sa diversité remarquable, elle met également en lumière un enjeu majeur et déterminant : celui, crucial, de la structuration solide et durable des industries culturelles africaines. Le défi apparaît désormais clair et ambitieux : faire du MASA non seulement une vitrine prestigieuse, mais aussi un véritable moteur économique puissant et stratégique pour les talentueux créateurs du continent.
Cette soirée spectaculaire et envoûtante, riche en lumières éclatantes, en décors somptueux, en costumes élégants, en accessoires raffinés, en expressions chorégraphiques saisissantes, en contes vibrants, en slam percutant, en performances captivantes, en marionnettes inventives et en numéros de cirque audacieux, a rencontré un public enthousiaste et profondément amoureux des arts.
La suite de cette ouverture festive et chaleureuse s’est poursuivie au village MASA avec un concert d’ouverture très attendu. La grande affiche mettait à l’honneur l’artiste Soum Bill, qui a su rassembler des milliers de festivaliers passionnés, déjà présents aux environs de 23 heures, déambulant avec ferveur entre les stands animés proposant des boissons rafraîchissantes, une gastronomie savoureuse et une riche variété de produits authentiques venus de toute l’Afrique.
Une chose est sûre : le génie créatif africain, foisonnant et inspirant, est résolument en marche, et Abidjan en est aujourd’hui l’un des centres les plus dynamiques et rayonnants.
Christian Guéhi
Journaliste culturel et critique d’art

