L’Inde et l’Union européenne (UE) ont officialisé mardi la conclusion d’un ambitieux accord de libre-échange commercial qui, au terme de vingt ans de négociations, va créer « une zone de libre-échange de 2 milliards de personnes ».
Dans un contexte géopolitique mondial incertain, ce pacte doit permettre aux deux parties de mieux se protéger de la concurrence chinoise et des effets de la guerre des droits de douane engagés par les États-Unis.
Devant la presse, le premier ministre indien Narendra Modi et ses deux invités, le président du Conseil européen Antonio Costa et son homologue de la Commission Ursula von der Leyen, ont rivalisé de superlatifs pour célébrer leur réussite.
« C’est l’accord de tous les accords », s’est réjouit M. Modi. « Ce traité va offrir de nombreuses opportunités au 1,4 milliard d’Indiens et aux millions d’habitants de l’UE », a-t-il ajouté, « ce n’est pas qu’un accord commercial, c’est aussi la voie vers une participation partagée ».
« L’Europe et l’Inde ont fait l’histoire aujourd’hui », a renchéri Mmoi von der Leyen. « Nous avons créé une zone de libre-échange de 2 milliards de personnes qui va bénéficier aux deux parties », a-t-elle poursuivi.
Les derniers obstacles à la conclusion du texte ont été levés lundi lors d’ultimes négociations entre négociateurs.
L’Inde et l’UE espèrent doper leur commerce en priorité de leurs droits de douane réciproques dans de nombreux secteurs.
Selon Bruxelles, la réduction des taxes indiennes sur les importations européennes devrait permettre à l’UE d’économiser jusqu’à 4 milliards d’euros chaque année, notamment sur des produits emblématiques.
Les droits de douane indiens sur les véhicules « made in Europe » doivent ainsi passer 110 à 10 %, ceux sur les vins de 150 à 20 % et ceux sur les pâtes ou le chocolat, actuellement à 50 %, être totalement supprimés, a détaillé l’UE.
« Armée commerciale »
« L’UE compte bénéficier du niveau d’accès le plus élevé jamais accordé à un partenaire commercial sur le marché indien traditionnellement protégé », avait indiqué Ursula von der Leyen dès son arrivée dimanche en Inde, pariant sur un doublement des exportations européennes.
De son côté, l’Inde assiste à une hausse de ses exportations dans de nombreux secteurs dont le textile, les pierres précieuses, la joaillerie, le cuir et les services, a souligné son premier ministre.
Outre le seul domaine commercial, les deux parties ont étendu leur partenariat en matière de défense et de sécurité.
« Nous ne nous contentons pas de renforcer nos économies, mais aussi la sécurité de nos concitoyens dans un monde de moins en moins sûr », a expliqué la cheffe de la Commission européenne. « En combinant ces atouts, nous réduisons notre dépendance stratégique à un moment où l’arme commerciale est de plus en plus utilisée ».
En 2024, l’Inde et l’UE ont échangé 120 milliards d’euros de marchandises — en hausse de près de 90 % en dix ans — et 60 milliards d’euros de services, selon la partie européenne.
Bruxelles lorgne avec gourmandise sur l’immense marché qui représente le pays le plus peuplé de la planète, avec son 1,5 milliard d’habitants et sa très forte croissance, de 8,2 % en glissement annuel au dernier trimestre.
Selon les projections du Fonds monétaire international (FMI), l’Inde devrait rafler cette année au Japon le titre de quatrième économie mondiale, derrière les États-Unis, la Chine et l’Allemagne. Et elle pourrait monter sur le podium avant 2030, selon son gouvernement.
Pour sa part, New Delhi considère l’Europe comme une source indispensable de technologies et d’investissements dont elle a un cruel besoin pour accélérer sa modernisation et créer des millions d’emplois pour sa population.
New Delhi et Bruxelles ont également paraphé mardi un accord sur les mouvements de travailleurs saisonniers, les échanges d’étudiants, de chercheurs ou de certains professionnels à forte qualification.

