À l’heure de l’IA, l’auteur Pierre Gince préfère l’humain. Dans son nouveau livre consacré à l’organisation et à la tenue des Jeux olympiques de Montréal, il donne la parole à 50 témoins, comme il l’a fait dans ses ouvrages précédents. Résultat : on regarde les JO de 1976 sous d’autres angles que celui d’un déficit… olympique.
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Durant la préparation des Jeux olympiques de Montréal, Liza Frulla a été l’une des six premières hôtesses embauchées. Le designer Michel Dallaire a dessiné le flambeau en s’inspirant d’une branche d’olivier. Et la fille de l’architecte Roger Taillibert, Sophie, qui n’avait pas connu ses grands-parents, considérait « un peu » Jean Drapeau comme un grand-père de substitution.
De telles anecdotes, on en trouve à la tonne dans Les Jeux olympiques de Montréal et nous de Pierre Gince. À quelques mois du 50e anniversaire des Jeux olympiques d’été de 1976, l’auteur fixe la barre haut avec son livre. Entrevues, dates, statistiques et faits méconnus. Tout est là !
L’ouvrage insiste aussi sur deux réalités éclipsées par les scandales financiers et les retards liés à la construction des installations : l’organisation des Jeux de Montréal a été un grand succès. Et le budget d’opération a enregistré un… excédent de 223 millions de dollars !
« Cela signifie plus d’un milliard en dollars d’aujourd’hui, rappelle l’auteur en entrevue au Centre sportif du Parc olympique. Lorsqu’on demande aux gens ce qu’ils retiennent des Jeux olympiques de Montréal, ils répondent Nadia Comǎneci (qui signe la préface) et le gouffre financier. Mais on a oublié le côté organisationnel. »
Si la construction, déficitaire à plus d’un milliard de dollars, était l’affaire du maire Jean Drapeau, l’organisation était celle du Comité organisateur des Jeux olympiques (COJO), qui voyait à l’aménagement des sites, à l’accueil et à l’hébergement des délégations au Village olympique (mixte pour la première fois), à la coordination médiatique, au choix des costumes, des repas, etc.
Une douzaine de membres du COJO racontent dans l’ouvrage les tâches qui leur ont été assignées et les aspérités à surmonter. D’aucun ne rappelle que leur présence aux JO de Munich en 1972 a nourri leur réflexion. D’autres soulignent combien la tenue de rencontres sportives internationales en 1975 à Montréal a permis de faire une répétition générale instructive.
Pour revenir à Munich, l’attentat terroriste où 11 athlètes israéliens ont été tués s’est traduit par une obsession des membres du COJO à tenir des Jeux sécuritaires. « Les responsables disaient : « Ça n’arrivera pas à Montréal », relate Pierre Gince. On a créé de nouveaux équipements de sécurité dont plusieurs sont demeurés utiles par la suite. »
Évidemment, il est aussi question de déficit, de retards sur les chantiers et de querelles syndicales. Montréal a failli perdre l’attribution des Jeux. L’intervention du gouvernement québécois en novembre 1975 avec la création de la Régie des installations olympiques a sauvé les meubles.
Les médias s’en sont donnés à cœur joie sur ces problèmes. L’ouvrage évoque notamment le travail de notre collègue retraité Guy Pinard dont les reportages dans La Presse étaient percutants. L’ancien ministre Guy Chevrette1avait d’ailleurs affirmé M. Pinard, « a rendu service à la collectivité ».
« Les sauveurs des Jeux, ce sont le premier ministre Robert Bourassa et son ministre Raymond Garneau, estime Pierre Gince. Robert Bourassa savait manier le temps. Il voyait bien ce qui se passait mais ne voulait pas braquer Jean Drapeau. Il a choisi le bon moment pour intervenir. »
Cela dit, les responsables du COJO ont beaucoup souffert des problèmes inhérents à la construction. « Ils ont accueilli ce livre avec grand bonheur, assure M. Gince. C’est un baume sur leurs vieilles plaies. »
Outre les organisateurs, la parole est donnée aux athlètes, gens des médias, témoins et héritiers. Chacun a son histoire et ses opinions. Par exemple, le Français Guy Drut, médaillé d’or à la course de 110 mètres haies, a célébré sa victoire en fumant une Gauloise en bordure de la piste d’athlétisme.
Cinquante ans plus tard, que des retenir JO de 1976 ? Les interviewés répondent que Montréal a gagné des équipements de grande valeur et toujours utilisés et que les Québécois ont développé le goût du sport. S’il n’y a pas eu de médaillés d’or canadiens en 1976, il y en a eu plusieurs dans la foulée.
1. Guy Chevrette a été élu député du Parti québécois aux élections du 15 novembre 1976. C’est le gouvernement de René Lévesque qui a institué la commission Malouf chargée d’enquêter sur le coût des JO.
Extrait
Le président de la Fédération internationale des sociétés d’aviron aurait aimé que ses compétitions aient lieu à l’extérieur de Montréal, en retrait des autres sports, comme ça se faisait traditionnellement. J’ai négocié avec lui durant au moins un an et demi pour lui faire valoir tous les avantages que son sport allait retirer en termes de visibilité, à quelques minutes de Montréal. Il a finalement accepté… et il m’a remercié à la fin des JO, pour tout le rayonnement dont a profité son sport. (…) Je me réjouis encore de mon entêtement !
Walter Sieber, membre du COJO, à propos du Bassin olympique aménagé dans l’île Notre-Dame
Qui est Pierre Gince ?
Ancien journaliste, attaché politique et stratégie en affaires publiques, Pierre Gince est le président-fondateur de la firme MesureMédia. Avec quatre coauteurs (Steven Finn, Monique Giroux, Marie Grégoire et Maxime Le Flaguais), il a publié des biographies commentées par 50 personnes sur Guy Lafleur, Félix Leclerc, Robert Bourassa, René Lévesque et Michel Côté. En 1976, il était journaliste aux sports au Courrier Laval et a couvert les JO en s’intéressant aux participants de cette ville.
Les Jeux olympiques de Montréal et nous
Les Éditions de l’Homme
352 pages

