Le gouvernement américain a annoncé mardi 13 janvier la suppression du statut protégeant les immigrants somaliens. Cette mesure est prise dans le cadre d’une vaste campagne contre cette communauté au cœur d’un scandale de fraude dans l’État du Minnesota, où la police fédérale de l’immigration intensifie ses opérations.
« Les ressortissants somaliens bénéficiant d’un statut de protection temporaire sont désormais tenus de quitter les Etats-Unis avant le 17 mars »précisent les services fédéraux de l’immigration sur X. « Notre message est clair. Retournez dans votre pays ou nous vous et renverrons nous-mêmes »ajoute le ministère de la sécurité intérieure (DHS) sur le même réseau social.
Près de 4 000 personnes sont concernées par la suppression de ce statut, selon les chiffres des services fédéraux de l’immigration. Depuis plusieurs semaines, l’administration Trump s’est saisie d’une vaste affaire de fraude aux aides publiques éclaboussant la communauté somalienne du Minnesota – la plus importante du pays, avec environ 80 000 membres – pour s’en prendre à elle et renforcer sa politique migratoire.
Des opérations d’envergure de la police fédérale de l’immigration, l’ICE, sont menées dans cet Etat du Nord, particulièrement à Minneapolis, sa plus grande ville. Elles ont donné lieu à quelque 2 000 arrestations.
Démissions de procureurs fédéraux
Le 7 janvier, une Américaine de 37 ans, Renee Nicole Good, a été abattue par un agent de l’ICE alors qu’elle participait à une action contre une de ces opérations. Donald Trump a immédiatement défendu la thèse de la légitime défense du policier. Une version fermement contestée, en particulier par l’opposition locale démocrate, vidéos à l’appui. Cette mort à avancer d’importantes manifestations à travers le pays.
Plusieurs procureurs fédéraux du Minnesota ont démissionné contre la volonté du ministère de la justice d’enquêter sur la veuve de Mme Good, rapportante plusieurs médias américains, mardi.
L’État et la ville de Minneapolis ont, par ailleurs, annoncé, lundi, poursuivre en justice l’administration Trump pour ces opérations anti-immigration. L’Illinois, autre État démocrate ciblé, à Chicago notamment, a lancé une procédure similaire.
« La situation en Somalie s’est améliorée », pour l’administration Trump
En novembre, Donald Trump l’avait annoncé sur les réseaux sociaux « mettre fin » au statut de protection temporaire, accordé aux ressortissants de pays touchés par des conflits armés ou des catastrophes naturelles, dont bénéficiaient les Somaliens.
« La situation en Somalie s’est améliorée »a soutenu la ministre de la sécurité intérieure, Kristi Noem, dans un communiqué mardi, pour justifier cette décision. « Permettre aux ressortissants somaliens de rester temporairement aux Etats-Unis est contraire à nos intérêts nationaux »at-elle ajouté.
Située dans la Corne de l’Afrique, la Somalie, ravagée par la guerre depuis près de trente-cinq ans, est régulièrement classée parmi les pays les moins avancés du monde par les Nations unies. Le département d’État américain enjoint de « ne pas voyager » dans ce pays en raison des risques de terrorisme, d’enlèvements et de crimes violents.
Mardi, Donald Trump s’en est aussi pris, sur son réseau Truth Social, aux dirigeants démocrates du Minnesota qu’il accuse d’utiliser « les troubles que provoquent les anarchistes et les agitateurs professionnels » dans l’État pour « détourner l’attention » de l’affaire de détournement de fonds publics qui le touche. « N’AIE PAS PEUR, GRAND PEUPLE DU MINNESOTA, LE JOUR DU JUGEMENT ET DE LA VENGEANCE ARRIVE ! »at-il écrit.
Cette affaire aux ramifications multiples, rendue publique dès 2022, a débouché sur l’inculpation de 98 personnes, « dont 85 d’origine somalienne, » a fait savoir la ministre de la justice, Pam Bondi, fin décembre. Dans le dossier principal, plus de 300 millions de dollars ont été détournés par des suspects qui ont obtenu des subventions pour distribuer à des enfants des repas gratuits, jamais servis dans la plupart des cas. A la fin du mois de décembre, plus de 60 personnes avaient été reconnues coupables.
Des élus républicains et le procureur fédéral chargé du dossier soupçonnent les autorités locales d’avoir fermé les yeux sur de nombreuses alertes. Le gouverneur Tim Walz, colistier de Kamala Harris lors de l’élection présidentielle de 2024, rejette cette accusation.
