La caricature a de moins en moins bonne presse dans le monde. C’est le constat dressé par deux organisations de défense des dessinateurs de presse, Cartooning for Peace et Cartoonists Rights, qui dans leur rapport sur la période 2023-2025 alertent sur l’augmentation inquiétante des poursuites judiciaires et de la censure frappant ces professionnels. Un phénomène qui ne touche plus seulement les régimes autoritaires classiques mais aussi désormais des démocraties comme les États-Unis.
En janvier 2025, le Washington Postsymbole absolu de la presse indépendante, censurait la dessinatrice Ann Telnaes pour une caricature critiquant la servilité envers Donald Trump du propriétaire du journal et patron d’Amazon, Jeff Bezos. Ann Telnaes a démissionné, mettant en évidence la censure grandiose aux États-Unis et des dérives que l’on croyait jusqu’alors réservées aux régimes autoritaires, selon le dessinateur Kak, président de l’association Dessiner pour la Paix :
« Le comportement du président Trump amène à observer des phénomènes que jusque-là on observait dans ces autres pays. Vous avez une pression directe de l’État sur les organes de presse. Deuxièmement, l’utilisation des partisans de l’État pour lancer des hordes sur les réseaux en ligne, agresser journalistes et dessinateurs de presse, les “canceler”, tout ça, instrumentalisés par le pouvoir. La conséquence de ces deux choses, pression de l’État et lynchage numérique, et bien, c’est l’autocensure des titres de presse ».
De juin 2023 à juin 2025, Cartooning for Peace a recensé 87 cas de menaces dans son réseau regroupant 374 dessinateurs dans le monde. Le dessin de presse est ainsi en danger jusque dans ses bastions historiques que sont par exemple l’Inde et la Turquie.
Ennuis judiciaires ou incarcérations abusives
« Force est de constater qu’en Inde, c’est de moins en moins possible. Il y a toujours des dessinateurs de presse qui s’expriment, mais dès qu’ils sont en critique frontale avec le pouvoir, ils ont des ennuis. En général, des ennuis judiciaires, parfois des incarcérations abusives. Et en Turquie, alors là, pour le coup ça n’est plus possible du tout. Le dernier magazine satirique LeMan a été obligé de fermer où, en raison d’une instrumentalisation d’un dessin qu’ils avaient fait, des gens ont voulu faire croire qu’ils avaient dessiné le prophète, ce qui n’était pas le cas. Les locaux ont été envahis, d’abord par des manifestants, puis par la police, mais qui en réalité, sous prétexte de protéger la rédaction, a arrêté l’équipe et a fait fermer le journal et c’était le dernier journal satirique », rappelle Kak.
Le dessinateur garde des raisons d’espérer cependant : « Ce que l’on remarque, c’est que l’affection du public pour le dessin de presse grandit et que ce public se rajeunit. Pourquoi ? Parce que le dessin de presse est un instrument de résistance. Par exemple, on a fait une opération fin 2025 au Mexique. Ce qu’on a remarqué, c’est que les salles de conférence sont bondées, et on est face à un public qui en général a moins de 40 ans. Pourquoi ? Parce que dans ces pays-là, se battre pour ses droits, c’est une réalité quotidienne et le dessin de presse est un instrument de combat ».
Reste les pays en guerre où, selon Kak le dessin de presse est implicitement ou explicité quelque chose de choisir son camp.
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