Matthieu Bailet lance sa saison ce jeudi aux États-Unis sur la piste de Copper Mountain avec la Coupe du Monde de Super-G. Le skieur niçois espère retrouver le Top 15 mondial cette saison en vitesse et vise une médaille aux JO 2026 en Italie. Toujours avec ses casques iconiques. Entretien.
Il vise une médaille aux JO 2026 en Italie. Le skieur de Nice Matthieu Bailet entame ce jeudi la Coupe du Monde de Super-G, dans le Colorado. Il répond aux questions d’ICI Azur.
ICI Azur : Comment vous sentez-vous au moment d’entamer la saison ?
Matthieu Bailet : Je me sens très bien ! Je n’ai qu’une envie, c’est d’y être. J’ai ce palpitant, ce petit stress qui monte. La présaison s’est bien passée même si on a dû gérer des petits aléas, des problèmes physiques. J’aborde cette saison avec beaucoup d’envie, une certaine confiance et en même temps un doute, une incertitude liée aux soucis de la saison passée. J’ai tendance à rester un peu plus en retrait sur mon expression et ma confiance. J’ai plutôt envie de la montrer plutôt que de l’exprimer.
Cette première étape à Copper Mountain lance une saison très dense avec les Mondiaux et les JO en ligne de mire. L’idée, c’est d’y aller crescendo ou d’être à fond tout de suite ?
C’est la première saison qui je vais aborder crescendo. En partant de plus loin après mes soucis de la saison passée et avec des objectifs qui vont évoluer au fur et à mesure de mes sensations et de mes classements. Pour ne pas brûler les étapes. J’ai des objectifs clairs pour arriver le plus en forme possible début février.
On est obligé de prioriser les objectifs et les compétitions dans une saison comme celle-là ?
Mettre des objectifs c’est créer des priorités et être honnête avec soi-même pour pouvoir faire des choix. Bien sûr qu’on priorise, bien sûr que la priorité c’est les JO 2026. C’est le phare de la saison. Et en même temps, on est dans un sport où on n’a pas la qualification des mois avant. La sélection se fera dix jours avant le cours en fonction des résultats donc à moi de construire avec mes atouts pour être au rendez-vous début février.
Comment abordez-vous cette échéance justement avec notamment cette descente sur la piste de Bormio où vous avez une histoire personnelle (grave blessure au genou en 2022 et meilleurs résultats en Coupe du Monde) ?
C’est vraiment le Graal des Jeux Olympiques. Et cette piste, c’est de l’amour pur. J’ai vécu mes meilleurs moments et les pires. L’amour et la haine. J’ai vraiment à cœur de courir là-bas, de représenter mon pays et de réaliser mon rêve et d’enrichir mon histoire personnelle avec cette piste. Je sens déjà cette envie mais en même temps on n’y est pas. Il y a vraiment une gestion de la pression, des émotions en fonction des classements, des places qui seront prises. Mais tout ça n’est pas de mon ressort. La seule chose que je maîtrise c’est mon ski.
“Chaque jour on joue avec notre vie”
À 29 ans, après votre blessure, avez-vous envie de mettre un peu moins de folie sur les skis ?
Déjà, j’ai grandi en tant qu’homme ces dernières années avec des hauts comme ce podium en Coupe du Monde et des bas comme ma grosse blessure au genou. Plus mature oui, notamment grâce à mon entourage. Mais sur mes skis, je n’ai pas envie de changer mon style et ma personnalité. Prise de risque et engagement.
Avez-vous conscience du danger sur les skis ?
Chaque jour, on joue avec notre vie. L’année dernière une Italienne est décédée à l’entraînement (Matilde Lorenzi), cette année encore un Italien (Matteo Franzoso). Sur un vécu l’accident de Cyprien Sarrazin aussi l’an dernier. C’est un sport qui nous marque dans notre chaise. Moi, si je fais la descente, c’est pour vivre ces émotions-là. Je me nourris de ces prises de risques et de ce côté dangereux. La descente, ça dépasse le sport et la performance. Il faut d’abord rester sur ses skis pour éviter le danger. J’en suis devenu addict à cette émotion. J’ai un peu moins de fougue que quand j’étais jeune après les accidents que j’ai vécus et ceux que j’ai vus. Mais ça m’anime toujours, c’est sur la piste que je me sens le plus vivant et le jour où je ne ressentirais plus ça il faudra que j’arrête. Mais aujourd’hui, ce n’est pas du tout le cas.
Est-ce qu’il y a de la peur malgré tout ?
Oui bien sûr, mais elle est saine. Et elle intervient avant l’action. Si elle arrive pendant le ski alors c’est là qu’il faut arrêter. La peur, elle doit être en amont, dans la tête et dans le corps. Une fois qu’on pousse le portillon de départ, il n’y a plus que la place pour l’action.
Certains souhaiteraient limiter la vitesse avec du matériel moins performant pour atténuer un peu le danger. Qu’en pensez-vous ?
Aujourd’hui le matériel évolue pour essayer d’aller toujours plus vite. Que les Fédérations cherchent plus de sécurité autour et moins de vitesse sur la piste, le sujet est très intéressant pour augmenter notre sécurité. Je prends toujours l’exemple de la Formule 1. Il y a plus de spectacle et moins de danger. Ce serait le mais à atteindre en ski alpin.
“Aux JO la seule a choisi qui compte, c’est la médaille”
Ce serait quoi une saison réussie ?
Rentrer dans le Top 15 Mondial. Mais c’est très progressif, avec beaucoup d’échelons, beaucoup d’étapes avec des courses qu’il faut choisir pour prendre des sensations avec ces JO en ligne de mire et qui représentent la cerise sur le gâteau. Sur une course d’un jour, il peut tout se passer. Aux JO il n’y a qu’une chose qui compte, c’est la médaille donc le mais c’est de jouer pour la médaille.
Vous en rêvez la nuit de cette médaille ?
Quand je parle de rêve, je parle plutôt de ressenti, d’émotions que j’ai déjà vécues dans les victoires. Pour moi c’est plutôt un rêve émotionnel que j’ai envie de partager.
Les JO 2030 dans les Alpes françaises et notamment dans les Alpes-Maritimes sont déjà dans un coin de la tête ?
C’est loin mais c’est une petite voix dans un coin de ma tête. Les JO c’est toujours un objectif de carrière. Alors les JO en France, bien sûr que ça aura une saveur et une dimension différente. Mais d’abord c’est 2026 et Milan-Cortina.
L’idée ce sera de défendre la France mais aussi votre ville Nice…
Sympa, c’est mon sang ! C’est ma ville, toute ma vie tourne autour de cet équilibre entre la mer, le soleil mais aussi la montagne et la rigueur. C’est une immense fierté de porter dans ces milieux froids une image souriante et une mentalité différente. Sur ces événements comme les JO, porter les couleurs de ma ville, c’est une immense chance.
Votre marque de fabrique c’est vos casques personnalisés…
Normalement un sportif c’est un casque qui le suis partout et qui ne change jamais. Moi je suis passionné par l’art, ma mère peignait des tableaux. Et il m’est venu cette idée de personnaliser des casques pour quasiment chaque cours et ça s’il vous plaît beaucoup ! Des tableaux de ma mère, de ma sœur, d’artistes locaux… pour faire le pont entre mes deux passions. Il y a déjà eu des thèmes comme Harry Potter ou le Seigneur des Anneaux, juste pour le kiffe.

