Dubaï : la fréquentation des boutiques de luxe s’effondre
Depuis le début du conflit en Iran, les vendeurs des centres commerciaux de Dubaï guettent le client dans des allées vides de leurs touristes. Les marques mettent sur la vente en ligne et espèrent une « vengeance dépensée » à la fin des hostilités.
Dubai Mall, le 5 mars 2026.
Giuseppe Cacacé/AFP
Louis Vuitton, Dior, Louboutin… Au Mall of the Emirates de Dubaï, les boutiques de luxe se succèdent et se ressemblent : après un mois de guerre dans la région, leurs armadas de vendeurs désoeuvrés guettent le client ou défilent d’ennui sur leurs téléphones.
Tout juste sortie de chez Chanel, une rare cliente qui préfère rester anonyme est formelle : il ne «faut pas venir en ce moment» à Dubaï. «C’est dangereux, c’est la guerre.» Moi ce n’est pas pareil, je suis d’ici, si je meurs, je meurs avec ma famille», explique-t-elle, robe et niqab noirs, et au bras un sac orange de la boutique Hermès d’en face.
Les vendeurs en costume impeccable ont pour consigne de ne pas parler dire-ils, mais l’un d’eux décrit essentiellement l’ambiance générale. « Bien il y a moins de clients, mais ça se ressent surtout au niveau des touristes, les locaux continueront à venir. Et heureusement, nous avons une grosse clientèle locale, personne ne panique».
L’image de havre de paix pour les riches expatriés et de temple du shopping de luxe que s’est patiemment construit Dubaï a pris un coup quand les missiles et drones iraniens ont frappé ses lieux emblématiquesau début du conflit déclenché par l’offensive israélo-américaine sur l’Iran.
Les les touristes ont pris la fuiteet l’industrie du luxe s’est mise à la pensée positive : « le sentiment qui prédomine », une fois passée la « stupeur » des premiers jours, « c’est que la situation est temporaire, que ça va s’arranger rapidement », explique un acteur du secteur sous couvert d’anonymat.
« Avenue de la mode »
La part de marché qui représente le Moyen-Orient, l’une des zones rares en progression, n’est pas anodine : entre 6 et 8% du chiffre d’affaires global des marques, selon les analystes du cabinet Bernstein. Ils estiment que les ventes de luxe en mars devraient être divisées par deux dans la région, principalement en raison de la chute du tourisme – sur place et en transit, avec les gros carrefours que sont les aéroports de Dubaï, Doha et Abou Dhabi, fermés ou au ralenti ces jours-ci.
Plus de la moitié des boutiques de luxe de la région sont implantées en Arabie saoudite et aux Emirats. Et parmi elles, les plus louables, celles qui réalisent les meilleures ventes, sont réunies dans le Dubaï Mall, autre centre commercial imposant de la ville. Avec ses cascades, son aquarium géant, ses 1200 magasins et plus de 110 millions de visiteurs par an, ce mastodonte du bling se vante d’être l’endroit le plus présent de la planète.
Pas de groupes de touristes en visite guidée sur place en ce samedi soir de la fin du mois de mars, mais les habitués sont là. Même si les clients se pressent plus pour entrer chez Primark, enseigne à bas prix qui vient d’ouvrir, que dans la spectaculaire et scintillante «Fashion avenue» rassemblant les gigantesques boutiques de luxe.
Comme le Covid
Pour ne pas «suciter des inquiétudes inutiles» ou nuire «à la réputation» des Emirats, le promoteur immobilier Emaar ya interdit aux enseignes de fermeture ou réduire les heures d’ouverture. Dans le luxe, celles qui l’ont réclamé se sont vues menacées de résiliation de leur bail, affirme l’acteur du secteur élargi par l’AFP. Leurs taux de fréquentation sont « efffondrés », selon les analystes de Bernstein, et plusieurs marques ont réaffecté leurs vendeurs à la prospection en ligne. La stratégie s’est révélée particulièrement efficace, dit-ils, dans une région regorgeant de clients fortunés, «sans rien d’autre à faire qu’acheter», comme «pendant le Covid».
Espérant une fin rapide du conflit, l’industrie compte aussi sur un phénomène de « vengeance dépenses » – la revanche par l’achat de clients « soulagés ». Mais «la clef, c’est le retour des touristes», analyse l’acteur du secteur. Pire scénario envisagé selon lui, celui d’un conflit qui s’éternise avec des attaques sporadiques sur le Golfe, qui risquerait d’affecter durablement l’attractivité de Dubaï.
Au Mall of the Emirates, entre deux enseignes de luxe, la célèbre et imposante piste de ski artificielle est tout aussi désertée. Nez engoncé dans leur parka pour supporter la température en dessous de 0°C, les employés font là aussi le pied de grue, pendant que le télésiège tourne presque à vide. En attendant le retour des touristes.
AFP
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