La crise de leadership entre le Président Diomaye Faye et son Premier-Ministre Ousmane Sonko, ne devait pas en réalité être une surprise. Il y a deux lois en politique qui l’expliquent, et donc qui aurait dû permettre de prédire l’évolution des relations entre les deux hommes. La première loi veut que le pouvoir s’exerce toujours par un seul homme. Un pouvoir bicéphale ou collégial finit toujours par générer une crise, au terme de laquelle le véritable patron émerge. La seconde loi veut que le pouvoir agisse sur le mental des hommes telle une « drogue addictive ». Une fois qu’on a été aspiré, il devient quasi impossible de s’en extraire.
Empêché de concourir à la présidentielle de Mars 2024 du fait d’une condamnation, Ousmane Sonko, le chef parti PASTEF ( les Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail, l’Ethique et la Fraternité ), adoube Diomaye Faye, l’un de ses compagnons de lutte. Celui-ci est élu au premier tour, et naturellement Sonko devient son Premier Ministre. Dès cet instant, ce dernier devient le véritable maître du Sénégal. Il choisit seul tout le gouvernement, fait publier un décret présidentiel qui place tous les ministres directement sous son autorité, effectue de multiples voyages, signe des accords, occupe l’espace médiatique. Bref, il a rencontré le président sur la touche, et ne se prive pas de l’humilier publiquement.
Celui-ci fait profil-bas durant la première année, certainement par « reconnaissance » vis-à-vis du Premier-Ministre. Mais cette reconnaissance ne pouvait être éternelle. Il était évident qu’il relèverait la tête tôt ou tard. Le régime sénégalais est présidentiel et non parlementaire. Le président est chef de l’exécutif. L’attitude du Premier Ministre Sonko conduit à un bicéphalisme. La crise qui couvait, éclate finalement au grand jour en novembre 2025, lorsque le président Diomaye Faye démet de ses fonctions, la coordonnatrice de la coalition qui l’a portée au pouvoir, une proche de Sonko. Ce dernier disparaît dix jours. On parle alors de sa démission, puis il réapparaît sans faire aucune déclaration.
Depuis le président Faye semble avoir imposé son autorité à son Premier Ministre en prenant un certain nombre de décisions, dont la poursuite des discussions avec le FMI (alors que le PM était contre), et la confirmation à son poste du président de la Cour Suprême, que Sonko voulait voir remplacé depuis que l’institution avait confirmé en appel une condamnation dont il était l’objet. Le Président Faye semble avoir mis fin au bicéphalisme à la tête de l’Etat. Mais Sonko a un tempérament volcanique, impatient, aussi la crise de leadership se poursuit. Il a récemment menacé de se retirer du gouvernement pour entrer dans l’opposition. Il multiplie les déclarations de défi à l’égard du président.
Thiès – Défilé du 4 avril | Retour en images sur l’arrivée du Président de la République à l’avenue Caen, accueilli par le Premier ministre et les autorités, avant la revue des troupes et son installation à la tribune présidentielle pour le défilé civil et militaire. pic.twitter.com/lBCh5nv0aT
— Présidence Sénégal (@PR_Senegal) 4 avril 2026

