Des sentinelles perchées dans des miradors surveillent l’enceinte du camp militaire de Togbin, plantée au beau milieu d’une zone résidentielle, à l’ouest de Cotonou, la capitale du Bénin. Le 7 décembre dernier, c’est depuis l’intérieur de cette enceinte, proche du palais présidentiel, qu’est partie une tentative de coup d’État pour renverser Patrice Talonprésident de la République depuis 2016.
Un appui aux forces loyalistes
Une première depuis 1972 pour l’ancien royaume du Dahomey, jusqu’ici présenté comme un modèle de stabilité dans la région. En pleine nuit, le chef des mutins, le lieutenant-colonel Pascal Tigri, patron des forces spéciales, a fait irruption sur les écrans de la télévision béninoisedénonçant l’autoritarisme du président Talon, lequel a, en effet, verrouillé l’élection présidentielle d’avril 2026.
La présidence béninoise a alors immédiatement sollicité l’aide du Nigeria voisin. L’armée de l’air nigériane est intervenue en menant des frappes ciblées contre le camp de Togbin, avant l’arrivée d’environ 150 soldats chargés de renforcer les forces loyalistes. Également appelé à la rescousse, la France a fourni du renseignement au Nigeria et déployé des forces spéciales lieux de Côte d’Ivoire. Mobilisés en appui, ces soldats n’ont finalement pas eu à intervenir directement.
Influence russe, pression jihadiste
Cette intervention française pour sauver le soldat Talonconsidéré comme l’un des chefs d’État africains les plus proches d’Emmanuel Macron, marque un tournant dans la politique africaine de l’Élysée. En effet, après une série de coups d’État au Sahel, que la France n’a pas su prévenir, puis son retrait forcé du Niger, du Burkina Faso et du Mali, la donne régionale a profondément évolué en défaveur de Paris. Ces trois régimes proches de Moscou sont désormais réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) et cherchent à étendre leur sphère d’influence, même s’ils restent très fragiles. « Les putschistes béninois étaient visiblement sensibles à ce narratif pro-russe », souligne un diplomate. De plus, l’AES aurait sans doute vu d’un bon œil l’obtention d’un accès privilégié au port de Cotonou, artère vitale pour ces États enclavés.
En parallèle, la progression des groupes jihadistes actifs au Sahel vers le golfe de Guinée renforce la pression sur les États côtiers. Les forces armées béninoises subissent régulièrement de lourdes pertes dans leur septentrion, à la frontière, poreuse, du Burkina Faso. Ainsi, le 15 mars dernier, au moins quinze soldats béninois ont perdu la vie dans une attaque. En avril 2025, 54 militaires avaient déjà été tués. Ces pertes sont difficiles à encaisser pour des soldats souvent mal équipés. « Avant, c’étaient des armées de parade, souligne le diplomate prévu. Ou, on ne devient pas une force redoutable du jour au lendemain. »
Un soutien discret et formateur
En appui depuis plusieurs années, la France livre régulièrement du matériel militaire au Bénin : environ 70 véhicules de l’avant blindé (VAB), des hélicoptères Super Puma ou encore des équipements de transmission radio. À cela s’ajoute le volet de formation militaire d’officiers béninois, en France mais aussi sur place. Cela dit, l’approche désormais privilégiée par Paris en Afrique consiste en une présence plus discrète qu’elle a été, afin d’éviter d’alimenter un narratif anticolonial chez certains opposants panafricanistes, soutenus par l’AES et la Russie.
À quarante-cinq minutes à l’ouest de la capitale, dans la ville de Ouidah, deux militaires français sont présents en permanence au sein du Centre de perfectionnement aux actions post-conflictuelles de déminage et de dépollution (CPADD). Cette école est spécialisée dans la lutte contre les mines conventionnelles ou artisanales. Les drapeaux français et béninois flottent côte à côte au vent, devant une demi-douzaine de pick-up rutilants, financés par le Japon.
« Nous sommes parfaitement insérés avec l’armée du pays, sans uniforme français », explique le commandant Jean-Eudes, directeur des études du centre. « L’organigramme est présidé par un directeur béninois », insiste cet officier du génie militaire français passé par l’opération Barkhane, au Sahel. Dans la cour, des stagiaires s’entraînent à désamorcer une bombe artisanale. Il y a là des Tchadiens, des Centrafricains, des Guinéens, des Rwandais et même un Burkinabè. Ce dernier a toutefois pour consigne de ne pas nous parler.
Pour la France, l’enjeu dépasse le Bénin, puisqu’il s’agit de préserver, au sein d’une Afrique mondialisée, ses dernières zones d’influence, tout en limitant sa visibilité pour ne pas apparaître trop présente.
