Karl Tabouret accomplit ce que les piliers de l’équipe de France, ses plus gros pourvoyeurs, Marie Bochet, Arthur Bauchet, Benjamin Davietn’ont pas réussi : devenir champion paralympique dès ses premiers Jeux. En espérant qu’Aurélie Richard, déjà trois fois en argentfranchise la dernière marche et l’imite d’ici samedi.
La précocité peut surprendre. Le skieur d’Albertville Handisport a tout simplement atteint un mais fixé il ya quatre ans, à 18 ans à peine. « En prenant une 7e place dès ma première Coupe du monde à Vuakatti, en Finlande, je me suis dit que je pouvais chercher l’or aux Jeux 2026. À condition de travailler pour ça. »
« C’est un fou ! »
Et le boulot, ça le connaît. « Un besogneux, dit de lui son entraîneur, Vincent Duchène. Il est très méticuleux sur tout ce qu’il fait. » Après avoir résumé en préambule : « C’est un fou ! » Au sens positif du terme, car poussant les limites très loin dans tout ce qu’il entreprend.
Encore qu’en ce mercredi, ce ne fut pas nécessaire, tant il a dominé la concurrence dans des conditions peu à son avantage. La neige très molle a transformé la montée Zorzi en champ de patates. À tel point que Karl Tabouret évoque dans un premier temps sa « pire course de l’année ». « Ça brassait dans 10/15 cm, il fallait lever les pieds, justifie Vincent Duchène. Avec sa pathologie, ce n’est pas évident. »
Le stress s’est envolé, lui aussi
Le Savoyard a fait fi de la raideur de ses jambes née d’une paralysie cérébrale. « Dans le premier tour, je ne pensais jamais faire une médaille d’or. Un podium, j’aurais été très satisfait. Quand j’ai appris que j’étais en tête, ça m’a complètement supprimé le stress. J’étais léger, je me disais, « allez Karl, tu ne craques pas, tu te détends et tu garderas la même vitesse en économisant de l’énergie ». »
Le fossé s’est creusé irrémédiablement, le Biélorusse Raman Svirydzenka, sacré la veille, étant relégué à 29 secondes, le Canadien Mark Arendz, leader de la coupe du monde, à 54 secondes, quand l’Allemand Sebastian Marburger, argenté sur le sprint, a fini par mettre le clignotant.
Ce que le coach décrit comme « un parcours parfaitement maîtrisé. » « Il est parti sur un rythme au seuil pour pouvoir accélérer sur les derniers tours. C’était la consigne du jour dans des conditions vraiment difficiles, et il creusait quand même l’écart. »
« J’avais le démon en moi »
Toute la force de Karl Tabouret est là. Rester lucide, respecter le tableau de marche, tout en donnant libre cours à son mental. « La finale notée mardi m’a dégoûté. J’ai pris un coup, mais ça m’a transcendé, m’a mis la rage, et la médaille de Benjamin m’a boosté. C’était à mon tour de la chercher. Ce matin, je me suis réveillé, j’avais le démon en moi. » Entre-temps, Benjamin Daviet a joué son rôle de grand frère. « Dans la chambre, je lui ai beaucoup parlé, lui ai rappelé tous les sacrifices, les heures d’entraînement. Je le pensais capable, mais de là à démonter la course, peut-être pas autant. »
Benoît Gilly, prédécesseur de Vincent Duchène, à la tête des Bleus de 2012 à 2018, a juste eu le temps de voir arriver celui dont il relève la rapidité de l’éclosion. « Il a grandi avec les valides (au Ski Club des Saisies, NDLR), s’est accroché, s’est toujours battu. Il a eu du mal à intégrer le groupe Coupe du monde. Mais depuis trois ans, il explose, en ayant pris une maturité de dingue, à son âge. »
Le gamin n’a pas fini de grandir. « La Marseillaisec’était incroyable. Je suis tellement fier. Mais ce n’est pas fini. » Ainsi lancés, les Bleus en veulent tous plus, avec le sprint-poursuite de biathlon vendredi, le relais samedi et le 20 km skate dimanche.

