Pour tous ceux qui ont la possibilité d’arpenter le sud de la France et plus précisément la ville de l’Isle-sur-la-Sorgue, dans le Vaucluse, une exposition gratuite est à ne pas manquer à la fondation Villa Datris. « Méditerranée, odyssées contemporaines », c’est son intitulé. Soixante-quatorze artistes venus de tout le pourtour méditerranéen livrent leur vision de ce qui représente pour eux la « mare nostrum » des latins, carrefour de civilisations, lieu de luttes, de métissages et de mémoire.
Qu’est-ce que la Méditerranée ? À cette question, l’historien français Fernand Braudel répondait : « Des civilisations entassées les unes sur les autres. » C’est à cet empilement, ce carrefour, que la fondation Datris a voulu rendre hommage en conviant 74 artistes à exprimer leur ressenti sur la Méditerranée. Stéphane Baumet est le directeur de la fondation.
« C’est un regard sur la Méditerranée et un constat que l’on peut faire sur l’état de cette mer, constat d’un point de vue écologique, de la beauté, des tensions, mais c’est aussi un constat de toute richesse cette merveilleuse, de tous ces échanges entre les artistes mais également les cultures et aussi l’histoire. ».
Dans les salles et dans le jardin de cette villa-musée fondée par le couple Danièle Marcovici et Tristan Fourtine, les œuvres expriment des préoccupations différentes en fonction des rives de la Méditerranée. Simohammed Fettaka, plasticien marocain, a recouvert la mer de petits soldats de plastique bleu. Une œuvre baptisée « Camouflage ».
« Cette œuvre est née d’une expérience personnelle. En grandissant à Tanger, j’ai vu des amis, des voisins, des gens de la famille qui traversaient la Méditerranée de manière illégale. On les appelle les Harragas. Et ces gens qui partent, soit ils réussissent, soit ils meurent. Et c’est de là que m’est venu l’idée que la Méditerranée est un champ de bataille pour moi. Soit tu reviens en héros, soit tu meurs noyé. »
« Qu’est-ce que nous faisons là ? »
Vu de Franceet par le regard acéré de l’artiste Laurent Perbos, la Méditerranée, c’est un palmier en matière plastique.
« Cette œuvre s’appelle Ibiza, elle fait référence aux noms de plages ou de sites balnéaires où les gens ont envie d’aller, qui sont des fantasmes du tourisme. Là, c’est un palmier que j’ai réalisé à partir d’étais de chantier que je superpose. Et le bouquet au sommet est composé de frites de piscine et de bouées de plage. Tous ces objets-là sont des objets issus de la consommation de masse ; et cela nous renvoie tout de suite à cette question : “Qu’est-ce que nous faisons là ? Est-ce que nous ne sommes pas en train de consommer uniquement un miroir aux alouettes ?” »
Miroir aux alouettes, miroir de nos rêves et de nos espoirs, cette mer que nous partageons est aussi et avant tout pour les artistes présents à la Villa Datris un espace de liberté. Et parfois, la liberté, c’est celle de dire « non ». Plusieurs artistes maghrébins ont annulé leur présence dans l’exposition pour protester contre celle d’une artiste israélienne, Sigalit Landau, qui, elle-même, a fini par jeter l’éponge.
► À voir jusqu’au 1ᵉʳ novembre à la fondation Villa Datris.

