Alors que la consommation alimentaire est en baisse – et que la guerre au Moyen-Orient, si elle se prolonge, risque de relancer l’inflation – certains secteurs agricoles rencontrent de leur côté des problèmes de débouchés, à l’image de l’agriculture biologique. Cette situation rend indispensable « une approche conjointe dans les politiques publiques entre production agricole et consommation alimentaire », explique Marine Raffray, économiste à Chambres d’agriculture France.
Dans la dernière lettre économique de l’organisation, elle revient sur l’ambition de la nouvelle stratégie alimentaire française et son efficacité potentielle dans la reconnexion entre production et consommation alimentaire.
Transformer simultanément les systèmes agricoles et les habitudes de consommation
Si un certain nombre de grandes puissances articulent les soutiens entre l’offre et la demande (États-Unis, Brésil, Inde…), l’Union européenne a elle aussi eu l’ambition de réformer l’écosystème alimentaire dans son ensemble. Pourtant, la vision pour l’agriculture et l’alimentation, publiée l’année dernière, laisse au final peu de place à l’alimentation. La Commission ne propose que de mettre en place un « dialogue annuel » sur l’alimentation, de réviser le cadre légal de la commande publique, et de réformer le programme de distribution de lait et fruits et légumes à l’école, explique Marine Raffray.
Côté français, la SNANC est arrivée début 2026 en remplacement des anciens plans nationaux pour l’alimentation, dont le CGAAER a mis en avant le manque d’ambition, d’efficacité et de cohérence. Les actions en matière d’alimentation avaient pour objectif de modifier le changement de comportement des consommateurs, alors que ces derniers sont contraints par leur environnement.
La SNANC étau à reconnecter les politiques publiques en matière de transformation des systèmes de production agricole et de transformation des habitudes alimentaires des consommateurs. Elle a pour objectifs de diminuer la prévalence du surpoids et de l’insécurité alimentaire, réduire les émissions de gaz à effet de serre, et améliorer la souveraineté alimentaire nationale.
Deux leviers : commande publique et action contraignante
Ainsi, la SNANC prévoit un changement des régimes alimentaires à l’horizon 2030avec plus de fruits et légumes, de légumineuses, de fruits à coque et de céréales complètes, et une progression de la consommation de produits bio par les ménages et auprès de la restauration collective, une diminution du gaspillage alimentaire, et le déploiement de PAT sur l’ensemble du territoire.
Pour y parvenir, deux leviers doivent être mobilisés : la commande publique, et l’action contraignante sur la transformation, la distribution et la restauration hors domicileexplique l’économiste.
Du côté de la restauration publique collective, les circuits courts seront privilégiés, tandis que les produits hors UE feront l’objet d’un encadrement strict.
« Par ailleurs, des mesures réglementaires pourraient être engagées pour conduire les secteurs de l’aval à proposer et promouvoir une offre de produits « durables et de qualité ». Des mesures d’encadrement du marketing alimentaire dans les médias pourraient également être envisagées si les acteurs ne s’organisent pas volontairement pour réduire l’exposition des plus jeunes aux publicités pour des produits ne respectant pas les recommandations nutritionnelles », explique également Marine Raffray.
Pour autant, la stratégie comporte peu de moyens de reconnexion entre les ambitions en matière de production agricole et d’offre alimentaire. Cette volonté se heurte notamment « au cadre réglementaire européen de la commande publique », et le rapport de force entre États membres, et entre institutions, n’apparait pas, à ce jour, clairement favorable à une réforme, poursuit l’économiste.

