«Où se situe le Maroc dans un monde où les crises s’entrecroisent, se répondent et redessinent les équilibres ? Comment s’y inscrit-il, et quelles réponses apportent-t-il à ces transformations ?» Ces questions, dont on ne peut faire l’économie dans un contexte international des plus troubles, ont structuré l’intervention de l’invitée de la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Rabat. En effet, c’est autour de ces interrogations que Lamia Radi, ambassadrice du Maroc en Norvège, a articulé ses propos. D’emblée, la diplomate a décrit un monde fragmenté, marqué par des tensions persistantes et des recompositions continues. Et c’est dans ce contexte contraignant que le Maroc déploie des réponses qui tiennent compte aussi bien des facteurs exogènes qu’endogènes.
Un environnement international sous tension permanente
Pour la diplomate, il y a une réalité désormais bien installée : celle d’un système international traversé par des crises multiples. Du conflit israélo-palestinien à la guerre en Ukraine, en passant par les tensions au Yémen, en Syrie ou encore dans la Corne de l’Afrique, l’ensemble dessine un paysage marqué par une instabilité durable. Dans ce contexte, leMaroc n’est pas un acteur de ces conflits. Pourtant, il en subit directement les effets. «Ces conflits ne sont pas les nôtres, mais ils ont un impact direct sur nous», rappelle-t-elle, citant notamment «la hausse des prix de l’énergie» ainsi que «celle des matières premières, notamment le blé». Dès lors, ajoute-t-elle, la politique étrangère ne s’inscrit pas dans un espace neutre. Elle se déploie dans un environnement contraint, où les évolutions extérieures imposent des ajustements constants – et où, par conséquent, « la capacité d’anticipation devient centrale ».
Montée en puissance des menaces transnationales
La question migratrice en donne une illustration concrète. Elle a traduit un basculement profond des dynamiques à l’œuvre : «Il n’y a pas un seul clandestin qui arrive sans passer par un réseau», affirme-t-elle. Ainsi, ces réseaux ne fonctionnent pas en silos. Ils se croisent, s’articulent et se renforcent. De là découle une «économie de la violence» qui, par nature, échappe aux frontières et complique davantage encore les réponses étatiques.
Un environnement régional sous vigilance
Au niveau du voisinage immédiat du Maroc, l’instabilité est persistante et exige une attention soutenue. L’Algérie est ainsi évoquée à travers une «capacité de nuisance» qui impose, en retour, «une vigilance permanente». La Libye, quant à elle, illustre les conséquences d’un effondrement étatique prolongé, ouvrant la voie à l’expansion des milices et des trafics. Plus au sud, dans l’espace sahélienles connexions entre groupes armés et réseaux criminels viennent encore complexifier des équilibres déjà précaires. Et toute à sa lucidité, Mme Radi affirme par conséquent que « La diplomatie, c’est une guerre permanente. La paix, c’est le moment entre deux guerres.» Dans ce paysage hostile, «Nous n’avons ni pétrole, ni gaz, ni ressources naturelles abondantes», rappelle l’ambassadrice, évoquant également un chômage persistant ainsi qu’une croissance qui ne permet pas d’absorber pleinement les besoins en emplois. Autant de contraintes qui s’ajoutent à une réalité plus structurelle encore : celle d’une économie qui demeure sous pression, et dont les marges restent limitées face aux exigences sociales et aux mutations de l’environnement international.
La continuité institutionnelle comme un atout
Cette capacité de projection ne repose pas sur un seul levier. Elle s’organise, selon l’intervenante, autour de trois registres complémentaires : l’armée, les services de renseignement et la diplomatie. D’abord, l’armée, moderne et professionnelle, confère une capacité d’anticipation. À ses côtés, les services de renseignement, dont l’efficacité s’inscrit dans des coopérations reconnues à l’international. Puis une diplomatie agissante, « qui ne se limite pas aux échanges formels ». Car, comme le souligne l’ambassadrice, «la diplomatie, ce n’est pas seulement discuter autour d’une table». Elle consiste à analyser, peser et soupeser les enjeux sécuritaires, stratégiques et politiques, pour pouvoir mieux défendre ses intérêts.
Le millefeuille diplomatique
Pour ce qui est des relations bilatéraleselles s’inscrivent dans une approche différenciée. Elles se construisent au cas par cas, selon les besoins propres à chaque partenaire, notamment sur le continent africain, dans une logique de coopération intégrée. «Nous ne sommes plus seulement gestionnaires, nous sommes une force de proposition.» À travers cette affirmation, c’est une évolution du positionnement du Maroc qui apparaît, passant d’une «posture d’adaptation à une capacité d’initiative».
Le Maroc, médiateur de confiance
En conclusion, Lamia Radi revient à l’essentiel, en formulant une idée qui donne sens à l’ensemble de son propos : dans un environnement incertain, le Maroc ne se limite pas à s’ajuster aux évolutions extérieures. Il s’inscrit dans un processus dynamique, fait d’accumulation et de projection, où se dessinent, progressivement, les contours de sa capacité d’influence.

