John Gallianoanciennement directeur artistique de Diors’est lancé un nouveau défi créatif : s’aventurer sur le terrain de la fast fashion en signant un partenariat de deux ans avec la griffe espagnole Zara. Longtemps perçue comme l’opposé du luxe et de la création d’auteur, la fast fashion s’impose aujourd’hui comme un nouveau territoire d’expression pour les têtes des collections haute couture. D’abord Claire Waight Kellerex-directrice artistique de Givenchy, qui s’est alliée avec Uniqlo en septembre 2023. Il semblerait bien que le créateur le plus sulfureux de sa génération suive ses pas, deux ans après son défilé grandiose chez Maison Margielaune période pendant laquelle le créateur a marqué les esprits tout en restant en retrait de la scène mode.
Une ode aux archives
Depuis l’arrivée de Marta Ortega Pérez à la tête d’Inditex, maison mère de Zara, en 2022, l’entreprise a intensifié ses échanges avec l’univers de la haute couture. Elle a notamment convié des créateurs comme Narciso Rodríguez et Stefano Pilati pour des capsules, tout en nouant des collaborations ponctuelles avec des icônes telles que Kate Moss. La marque espagnole s’est également entourée de grands noms de la photographie de mode — Paolo Roversi, Steven Meisel, Craig McDean ou Mario Sorrenti — pour réaliser ses lookbooks. Pourtant, jamais elle n’avait encore lancé un projet d’une telle envergure, tant par sa durée que par son ambition créative.
Sur une période de deux ans, John Galliano revisitera les archives de la marque à travers une série de collections. Le designer travaillera directement à partir de pièces issues des saisons passées de Zara, qu’il déconstruira pour mieux les réinventer en créations inédites. Inspirées par une démarche propre à la haute couture, ces collections seront dévoilées au fil des saisons tout au long de la collaboration, à partir de septembre 2026.
À l’édition américaine de Vogueil a partagé sa motivation de s’allier à Zara. « Je suis super enthousiaste, car c’est quelque chose que je n’ai jamais fait auparavant, et ça me plaît beaucoup : la nouveauté, l’excitation, le processus en lui-même (…) Je trouve simplement que c’est une initiative très positive à mener en ce moment, et vraiment durable d’un point de vue créatif, ce qui m’intéresse énormément ». Un projet dont la genèse prend ses racines dans des discussions entre le créateur et Marta Ortega Perez, la fille du fondateur d’Inditex, Amancio Ortega. « J’ai rencontré Marta grâce à la MOP (la Fondation Marta Ortega Perez) et aux magnifiques expositions (de photographies) qu’elle organise sur Steven Meisel et Irving Penn, at-il expliqué. C’est à travers ces expositions que nous avons commencé à nouer une amitié. J’apprécie tout simplement son ouverture d’esprit. »
Démocratiser le luxe
John Galliano chez Zara s’inscrit dans une longue tradition de directeurs artistiques s’aventurant sur le terrain de la fast fashion. Dès 2004, Karl Lagerfeld signait une collection à prix accessible pour le géant suédois H&M, suivi par Stella McCartney l’année suivante, puis Roberto Cavalli en 2007. Donatella Versace, Isabelle Marant ou encore Olivier Rousteing ont eux aussi collaboré avec l’enseigne, comme Victoria Beckham à faire chez Mango. Du côté d’Uniqlo, avant Clare Waight Keller, Christophe Lemaire et Jonathan Anderson — qui a d’ailleurs dévoilé une nouvelle collection en février dernier — se sont également prêts à l’exercice. Après avoir fermé sa marque éponyme en 2019, Zac Posen a rebondi chez Gap mais n’a pas arrêté d’habiller les stars pour autant : on pense à Demi Moore l’an dernier ou, plus récemment, Barbie Ferreira lors des Oscars 2026.
