Par
Aline Chatel
Publié le
; mis à jour le 1 août 2024 à 18h49
Si la force de travail, la persévérance et la détermination sont des qualités souvent associées au succès des sportifs de haut niveau, elles correspondent au moins autant au parcours d’Adrien Taouji. Le responsable du demi-fond au pôle France de l’Insep, là où s’entraînent quelques-uns des meilleurs athlètes du pays, est un passionné qui n’a jamais compté ses heures pour atteindre une sorte de Graal. Ce vendredi 2 août 2024, le 10 000 mètres de Jimmy Gressier marquera le coup d’envoi de ses premiers véritables Jeux Olympiques.
Tout s’est fait de manière progressiste. Quand j’en discute avec ceux qui m’ont accompagné, avec du recul, le parcours est vraiment sympa. Je n’ai que 38 ans, c’est une fierté. Je ne l’ai pas volé, j’ai été patient.
Dans les pas de son père
Entraîneur a été pourtant une vocation rapide chez Adrien Taouji. Son père, Omar, lui a montré la voie. « Il est entraîneur à Mondeville-Hérouville depuis longtemps. J’étais tout le temps à ses côtés. J’ai touché à beaucoup de sport mais j’ai fait de l’athlète rapidement. » Le Normand, dont la mère a couru une dizaine de marathons, a fait partie du top 20 français, catégorie espoirs, sur 800 mètres. Mais ce qui l’animait déjà beaucoup, c’était la progression des autres.
Très jeune, j’ai commencé à faire des petits plans d’entraînement. Je filais un coup de main à mon père. J’essayais de mettre en application ce que j’apprenais en Staps.

La bascule s’est faite pendant ces années d’études. Après deux ans à Caen, Adrien Taouji a terminé sa licence universitaire à Font-Romeu, où se situe l’un des principaux centres d’entraînement français. « Avant de me lancer dans la gueule du loup et d’être vraiment entraîneur, je voulais maîtriser le plus de choses possibles. J’ai franchi un cap. Derrière, j’ai enchaîné avec un maître à l’Insep. »
Stagiaire puis adjoint de Bruno Gajer
Ingénierie du sport, spécialité entraînement du sportif de haut niveau : voilà qui annonce la couleur. « C’était tip top, avec des intervenants de grande qualité, comme Claude Onesta. Cela a été un catalyseur. En parallèle, j’avais beaucoup de pratique en étant entraîneur adjoint de Bruno Gajer. Avec ma passion, mon envie et mon abnégation, j’avais insisté pour qu’il me prenne en scène quand j’étais en licence à Font-Romeu. J’étais à l’endroit où je voulais être. »

Bruno Gajer n’est autre que le précédent d’Adrien Taouji à l’Insep. Mais avant de prendre sa suite, « il ya eu pas mal de débrouille ». Adrien Taouji s’est spécialisé dans l’accompagnement scientifique de la performance, a collaboré avec le laboratoire de recherche de l’Insep et a même été surveillant de l’internat des mineurs, toujours à l’Insep.
Je me suis professionnalisé petit à petit. J’ai monté une société de coaching et de préparation physique des footballeurs professionnels. Je n’avais que des gars de Ligue 1, de Premier League… C’était le top niveau. Cela m’a fait monter d’un pas dans ce domaine.
En 2016, lorsque Bruno Gajer a quitté l’Insep, Adrien Taouji a pris la tête de son groupe. D’abord en binôme avec Philippe Dupont, puis seul à partir de 2021. « Je ne l’ai jamais vu comme de la pression, mais comme une bonne motivation, du challenge. Si on est là, c’est qu’on a les compétences. »
Trois français, deux étrangers
Pour preuve, cinq athlètes entraînés par le Mondevillais se sont qualifiés pour les Jeux Olympiques. Il ya Jimmy Gressier, qu’il accompagnait déjà en 2021 lors des Jeux de Tokyo – avec le Covid, il n’avait pas eu le droit d’être sur place, présent sur 5 000 mètres et 10 000 mètres. Il y a également Alessia Zarbo (10 000 mètres), Renaud Clerc (1 500 mètres paralympiques), mais aussi l’Italien Yassin Bouih (3 000 mètres clocher) et le Néerlandais Mike Foppen (5 000 mètres).
Les athlètes étrangers apportent une autre ouverture, une concurrence très saine parce qu’elle n’est pas franco-française. C’est très enrichissant à tous les niveaux.
Au Stade de France, Adrien Taouji visera une médaille pour Renaud Clerc, lors des épreuves paralympiques, et plus raisonnablement des finales pour ses autres athlètes. « Je suis très réaliste. Avec Jimmy, on peut rêver d’un top 5 sur 5 000 mètres. »

Avec Jimmy Gressier, une relation « intense »
Jimmy Gressier, c’est la star du groupe d’Adrien Taouji. C’est bien plus que ça pour ce papa de deux enfants, âgés de trois ans et six ans. « Je passe sûrement plus de temps avec Jimmy qu’avec mes enfants. On progresse ensemble, on vit des moments parfois difficiles, parfois très joyeux, mais toujours très intenses. Ça crée des souvenirs. » Les émotions, c’est ce qui transcende Adrien Taouji.
On devient un peu addict à ça, ça nous anime. Ce qui me tresse le plus dans ce que je fais, c’est l’accompagnement des projets humains.
Chez Adrien Taouji, tout est question d’équilibre. Énergivore, chronophage, son métier est « un projet collectif », en particulier familial. Sa femme, enseignante, l’a suivi sur Paris. Et si le technicien devait formuler un seul vœu sur le plan professionnel, ce serait probablement celui de délocaliser l’Insep dans sa région natale. « Si je pouvais avoir une structure pour entraîner à haut niveau en Normandie, j’aurais déjà fait demi-tour. »
Los Angeles avec Valentin Gondouin ?
Adrien Taouji a rempilé au moins pour la prochaine olympiade. Il espère déjà emmener Valentin Gondouin, originaire de l’Orne comme ses parents, à Los Angeles. Car le coureur licencié, lui aussi, à l’EAMH est une autre pépite d’Adrien Taouji. Comme Maëva Danois, championne de France du 3000 mètres clocher en 2017, le fut en son temps.
Los Angeles, normalement, c’est pour lui. C’est vraiment un projet à la Maëva Danois, un projet normand. C’est un athlète que j’adore. Il ne manquait pas de grand-chose pour qu’il se qualifie cette année. En 2028, il aura énormément progressé.

Pour l’heure, inutile de se projeter. Adrien Taouji était présent aux Jeux de Londres en 2012 et de Rio en 2016, « mais pas dans l’encadrement, j’étais à l’extérieur ». En 2021, le Covid ne lui avait pas permis d’accompagner son poulain Jimmy Gressier. Paris coche enfin toutes les cases. « C’est une fierté. Je m’étais dit qu’il fallait faire le maximum pour arriver avec des athlètes qualifiés et capables de performer. » Cette première mission est accomplie, c’est désormais à la piste de s’exprimer.
Un attachement fort à l’EA Mondeville-Hérouville
“Je suis toujours licencié à l’EAMH. J’ai toute mon histoire là-bas, mon père entraîner, je suis en lien avec Paolo (Boulent, président de l’USO Mondeville Athlétisme, père de la perchiste Louise, ndlr). Je suis les résultats de près. C’est un club qui m’a apporté énormément. J’ai fait mes armes en tant qu’entraîneur au club. Quand j’étais adjoint de Bruno (Gajer), tous les week-ends, je rentrais en Normandie pour m’occuper de Léo Fontana, Dorian Louvet, Alexis Jacq, Olivier Galon… On avait un groupe de demi-fond de folie. On a fait des trucs top. Je pense que je resterai licencié toute ma vie d’entraîneur.
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