NICOLAS TUCAT/AFP via Getty ImagesUn éminent militant antidrogue français dont le frère a été tué par des trafiquants de drogue la semaine dernière, cinq ans après le meurtre de son frère aîné, s’est engagé à résister aux intimidations et à « continuer à dire la vérité sur la violence liée à la drogue ».
Amine Kessaci, 22 ans, écrivait dans Le journal Le Monde un jour après les funérailles de son jeune frère Mehdi, dont le meurtre la semaine dernière a été décrit par le gouvernement comme un tournant dans la guerre contre la drogue en France.
“Hier, j’ai perdu mon frère. Aujourd’hui, je m’exprime”, a-t-il écrit dans son article d’opinion.
“(Les trafiquants de drogue) nous frappent pour briser, apprivoiser, soumettre. Ils veulent anéantir toute résistance, briser tout esprit libre, tuer dans l’œuf tout embryon de révolte.”
Mehdi Kessaci, 20 ans, a été abattu mercredi dernier alors qu’il garait sa voiture dans le centre de Marseille, ce qui semble avoir été un avertissement ou une punition visant son frère aîné, Amine, des gangs de la drogue de la ville.
S’exprimant à l’issue d’une réunion ministérielle sur la criminalité liée à la drogue à l’Elysée mardi, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a déclaré : “Nous sommes tous d’accord sur le fait que ce meurtre prémédité était quelque chose de totalement nouveau. C’est clairement un crime d’intimidation. C’est un nouveau niveau de violence.”
Mehdi est le deuxième frère de Kessaci à être tué par des trafiquants de drogue. En 2020, le corps de Brahim Kessaci, alors âgé de 22 ans, a été retrouvé dans une voiture incendiée.
Ce meurtre a incité Amine à lancer son association, Conscience, qui vise à dénoncer les dégâts causés aux communautés populaires par les gangs.
Marseille est réputée pour l’aggravation des guerres contre la drogue, et Amine Kessaci a récemment écrit un livre intitulé Marseille Wipe your Tears – Life and Death in a Land of Drugs.
AFP via Getty ImagesDans son article du Monde, Amine révèle avoir récemment été sommé par la police de quitter Marseille en raison de menaces de mort.
Il a assisté aux funérailles de son jeune frère vêtu d’un gilet pare-balles et sous forte protection policière.
“Je parle parce que je n’ai pas d’autre choix que de me battre si je ne veux pas mourir. Je parle parce que je sais que le silence est le refuge de nos ennemis”, a-t-il écrit, appelant au courage des citoyens et à l’action du gouvernement.
L’assassinat de Mehdi Kessaci a ramené l’attention nationale sur un problème de trafic de drogue qui, selon les experts et les ministres français, atteint des proportions presque ingérables.
Selon le sénateur Étienne Blanc, auteur d’une étude récente, le chiffre d’affaires du trafic de drogue en France s’élève désormais à 7 milliards d’euros (6 milliards de livres sterling), soit 70 % du budget total du ministère de la Justice.
Selon lui, environ 250 000 personnes vivent du commerce en France, soit plus que le nombre total de policiers et de gendarmes, qui s’élèvent à 230 000. Selon Le Monde, le pays compte 1,1 million de consommateurs de cocaïne.
Le président Emmanuel Macron a lancé mercredi une offensive contre ces consommateurs, déclarant lors du conseil des ministres hebdomadaire que “parfois c’est la bourgeoisie des centres-villes qui finance les trafiquants”.
Macron avait convoqué la veille un sommet spécial antidrogue en réponse au meurtre d’Amine et afin d’examiner les progrès réalisés sur une nouvelle loi antidrogue adoptée en juin.
Il met en place un parquet spécial dédié au crime organisé – à l’image du parquet chargé de la lutte contre le terrorisme – qui comptera à terme 30 magistrats spécialisés.
En vertu de la loi, les condamnés pour trafic de drogue sont obligés de purger leur peine en isolement dans une prison spécialement reconvertie où l’on espère qu’il sera plus difficile de continuer à mener des opérations derrière les barreaux.
Selon Laurent Nuñez, il est prouvé que la répression de la criminalité liée à la drogue porte ses fruits : le nombre d’homicides à Marseille est passé de 49 en 2023 à 24 en 2024.
Le nombre de points de vente dans la ville a été réduit de moitié, passant de 160 à 80, a-t-il ajouté.
“La guerre n’est pas gagnée, mais nous avons des résultats.”
ALAIN JOCARD/AFP via Getty ImagesSelon l’auteur d’un livre récent, Narcotraffic, le poison de l’Europe, “La France est au cœur de la géopolitique de la drogue. Avec ses deux grands ports de Marseille et du Havre, elle occupe une position géographique idéale dans cette Europe de la libre circulation.”
Mathieu Verboud a déclaré que la croissance de la production mondiale de cocaïne avait déclenché une “explosion de l’offre et de la demande. Le marché a explosé et les profits aussi”.
La richesse des organisations de lutte contre la drogue signifie qu’elles ont le pouvoir de corrompre tout le monde, depuis les dockers jusqu’aux politiciens locaux, prévient l’auteur, un processus qui, selon lui, est déjà bien avancé dans des pays comme les Pays-Bas et la Belgique.
Plusieurs hommes politiques français ont déclaré qu’il était temps de faire appel à l’armée pour lutter contre le trafic de drogue et les gangs qui règnent dans de nombreuses cités à forte immigration.
Christian Estrosi, maire de la ville côtière du sud de Nice, a déclaré : « Le trafic de stupéfiants s’est transformé en narcoterrorisme. Son objectif est désormais de terroriser, de soumettre et de gouverner.
“Nous avons déjà déployé avec succès les moyens de lutte contre le terrorisme. Il est temps d’agir avec détermination contre le narcoterrorisme.”
Estrosi faisait référence à une vague d’attaques jihadistes meurtrières au milieu des années 2010, lorsque la France a déployé des centaines de soldats dans les rues de nombreuses villes où ils continuent de patrouiller.


