Invité par l’Amicale des éducateurs de football de l’Aude, Olivier Echouafni, ex-joueur professionnel, ancien sélectionneur de l’équipe de France féminine, champion de France avec les femmes du PSG en 2021, a donné une conférence exclusive au District à Carcassonne. Entretien.
À quel âge avez-vous pris votre première licence ?
Natif de Menton, à 6 ans, j’ai pris ma première licence à l’AS Monaco en poussins, où j’ai passé 12 ans. Mes éducateurs Ben Ali, Paul Piétri et Pierre Tournié m’ont beaucoup appris. À 18 ans, comme le club de la Principauté ne me signe pas un contrat de stagiaire, je quitte le club pour l’AS Roquebrune-Cap-Martin qui évolue en Promotion d’Honneur. Repéré par l’Olympique de Marseille, j’entame ma carrière professionnelle au pied de la Canebière trois ans plus tard.
Quel est votre parcours de joueur professionnel ?
En 1993, je signe mon premier contrat de stagiaire à l’Olympique de Marseille, le 17 juin, pour une caution de 5 ans. Puis, après 102 matchs à l’OM, je pars deux ans au RC Strasbourg (1998-2000) où je termine meilleur buteur du club avec 12 réalisations, dont huit de la tête. Changement de cap pour l’Ouest avec trois années à Rennes (2000-2003), et le Sud me rappelle mes origines avec un septennat à Nice (2003-2010) où j’en deviens le capitaine en 2007. Le 3 mai 2010, je range mes chaussures à crampons à l’âge de 38 ans en tant que joueur. J’ai évolué 15 ans en Ligue 1 en 17 ans de carrière pour 550 matchs pros, avec 38 buts à mon actif.
En 1993, je signe mon premier contrat de stagiaire à l’Olympique de Marseille.
Puis vous devenez entraîneur…
En juillet 2006, j’obtiens le 2e degré du Brevet d’État d’Educateur Sportif (BEES). À la fin de ma carrière, j’intègre la cellule de recrutement de Nice, tout en passant le Brevet d’Entraîneur Professionnel (BEPF). Après une formation de deux ans (2010-2012), je le valide le 18 mai 2012 dans une promotion incluant également René Marsiglia, Christophe Galtier et Olivier Pantaloni.
Où débutez-vous en tant que coach ?
Le 25 septembre 2013, après le licenciement de l’entraîneur du club d’Amiens, qui évoluait en National, positionné à la 17e place, l’on termine 6e. Puis du National, je passe en Ligue 2 à Sochaux pour deux ans. Après une période chez les féminines, je retrouve la Ligue 2 à Quevilly-Rouen Métropole sur une période de deux ans (2022-2024).
Comment devenez-vous sélectionneur de l’équipe de France féminine ?
En septembre 2016, je suis nommé sélectionneur après les Jeux Olympiques de Rio. L’objectif est de former un groupe pour l’Euro 2017. En mars de cette année-là, après 12 jours de tournoi de la Shebelieves Cup disputée aux USA, nous battons en finale l’équipe américaine (3-0) à Washington devant 30 000 spectateurs. Un véritable exploit car nous étions les premiers à faire chuter cette sélection, laquelle était championne du monde et qui le redeviendra deux ans plus tard en France à Lyon. Ce tournoi a été révélateur avant le championnat d’Europe disputé aux Pays-Bas en juillet 2017. Privés de notre capitaine Wendie Renard pour un match de suspension, nous nous inclinons 1-0 contre l’Angleterre en quarts de finale. Au départ, lors des matchs amicaux, elles étaient déterminées, conquérantes, mais je n’ai pas réussi à déceler que lorsqu’il y avait un enjeu, elles étaient moins performantes. Avec 15 matchs et une seule défaite, je suis déçu de quitter la sélection le 30 août 2017, car je n’ai pas pu travailler sur le long terme (24 mois) avec ce groupe.
Vous avez rebondi rapidement…
Le 15 juin 2018, je suis nommé entraîneur du Paris Saint-Germain Féminines. Si, en sélection, je pourrais travailler dix jours par mois avec le groupe, au PSG, c’est un travail au quotidien et cela change tout. Le message était clair de ma part avec quatre objectifs : approfondir et progresser, ancien un groupe, écrire l’histoire, faire tomber Lyon. Avec un tiers de budget par rapport à Lyon, j’essaie de constituer de la cohésion dans un groupe où 13 nationalités se côtoyaient. La deuxième année, le championnat s’arrête alors que nous étions à deux points de Lyon que nous devions recevoir. Lors de la troisième saison en 2021, les féminines du PSG sont championnes de France avec zéro défaite. Un bon parcours en Ligue des Champions où nous éliminons Lyon en quarts de finale, puis nous nous inclinons en demi-finale contre Barcelone. Mon objectif est atteint sur du long terme (trois ans).
La reconnaissance du football féminin passera par un trophée.
Quelles sont les similitudes et spécificités entre le football féminin et masculin ?
Les féminines selon mon avis sont plus fortes mentalement. Elles sont plus dures à coacher également en management. Les humeurs, émotions, sensibilités sont différentes chez les féminines, l’on doit s’adapter pour la période des cycles pour une gestion plus appropriée.
Comment voyez-vous l’avenir du football féminin ?
Notre championnat a baissé. Elles ne sont pas toutes professionnelles, certaines travaillent en semaine et s’entraînent le soir. La concurrence étrangère est là avec des moyens plus importants que les nôtres. Certaines joueuses françaises partent hors de notre pays pour évoluer. À ce jour, il nous faut encore plus de centres de formation, former encore plus d’éducateurs dans des structures où les filles dès leur plus jeune âge progressent. La reconnaissance du football féminin passera par un trophée important afin de vraiment décoller comme l’équipe de France masculine en 1998.
Elles sont plus dures à coacher
Un petit mot de conclusion Olivier ?
Le métier d’entraîneur est passionnant en souhaitant qu’un jour, je connaisse la joie d’une expérience à l’étranger. En conclusion, « ne rien attendre de mes joueurs » est ma conception.

