
Dans Mon frèrele comédien François Gremaud déroule, sur scène, la trajectoire de son frère Christian, sourd de naissance, entre injustices, fierté et engagement.
François Gremaud et son frère Christian Gremaud évoquent leur création théâtrale Mon frèreune pièce où la langue des signes et la langue parlée se répondent et se complètent.
Deux frères, deux langues : la naissance de Mon frère
Sourd de naissance, Christian raconte sans complexe son rapport à la surdité : « Je ne me suis pas senti handicapé. Je suis né sourd mais je n’ai jamais vraiment eu conscience de cela. C’est plus tard que j’ai compris, mais je m’accepte tel que je suis. » François Gremaud nous confie la genèse de cette création : « J’ai imaginé ce spectacle car, à un moment de la vie de Christian, je l’ai retrouvé très affecté par la série d’injustices qu’il a vécues. Je voulais lui donner la possibilité d’exprimer tout ce qu’il avait gardé durant ces années. » Fort de ses nombreuses expériences, Christian n’a pas eu peur d’être sur scène : « J’aime m’exprimer, car quand je parle, personne ne m’écoute ! »explique-t-il non sans humour.
Créer entre français et LSF : réécrire plutôt que traduire
Écrire entre deux langues n’a pourtant pas été simple. François a d’abord rédigé un corpus en français, avec des jeux de mots et des phrases littéraires, mais ce texte n’était pas toujours adapté à la langue des signes, parfois intraduisible en LSF : un texte « trop entendant ». Les deux frères ont ensuite non pas traduit, mais recréé le spectacle en langue des signes, sur la base de ce corpus. Et cette fois, certains jeux de signes étaient très difficiles à rendre en français pour son frère François. Christian a également tenu à sourire montrer la pluralité de la langue des signes : par exemple, signataire « Donald Trump » – un signe inventé par les Sourds américains, main sur le front pour mimer sa mèche – qu’il faut voir pour comprendre… et.
Une histoire personnelle devenue militante de combat
Christian a appris la langue des signes à deux ans, au moment du Réveil sourd, ce mouvement social et culturel majeur de l’histoire des Sourds en France, qui a émergé dans les années 1970. Ce n’était pas encore la LSF telle qu’on la connaît aujourd’hui, devenue une langue à part entière, mais une gestuelle que François a apprivoisée à quatre ans et qui est devenue leur langue à eux. Christian parvient à mettre des mots sur le silence : « Le silence, c’est tous les jours, c’est mon quotidien. Je ressens des vibrations. Quand je vois une foule bruyante, je vois les expressions sur les visages, les sensations visuelles. » Aujourd’hui, selon lui, il y a bien une petite évolution, mais encore largement insuffisante. Trop peu d’inclusivité dans le travail, par exemple : « Sur le court après l’accessibilité. On nous dit que ça coûte trop cher, que nous ne sommes pas assez nombreux, que c’est possible… mais trop cher. » François, lui, a envie d’inverser cette phrase “C’est compliqué, mais c’est possible”. Le spectacle propose d’ailleurs au public d’apprendre ces quatre mots signés : résister, égalité, union et amour.
Invitations : François GREMAUD, comédien suisse et metteur en scène de théâtre et Christian GREMAUD,
Un grand merci à Sylvie Dhailly pour l’interprétation LSF/français.
Mon frère : à voir à Avignon, puis au Théâtre du Rond-Point à partir du 18 septembre.
Et le reportage de Fanny Imbert avec la compagnie Minute Papillon spécialisé dans l’art lyrique, qui présente le spectacle La cuisine musicaleun spectacle ludique pour tout public.
Programmation musicale :
L’artiste Suzanne BELAUBRE avec le titre C’est quoi la suite ?

