Il présentait cela comme son premier « grand moment » depuis son départ de la mairie de New York. Mais l’opération d’Eric Adams a tourné court : son projet de cryptomonnaie au nom de la ville qu’il a gouvernée, le « NYC Token » ($NYC), est désormais sous le feu des critiques. L’ancien maire est suspecté d’avoir arnaqué les premiers acheteurs, avec ses associés anonymes, pour empocher des gains.
Lancé le 12 janvier sur la blockchain Solana, notoirement utilisé pour diverses arnaques et pour ses jetons à la valeur très volatilele $NYC a présenté des signes d’irrégularités dès ses premières minutes d’existence. Au cœur des soupçons, relevées entre autres par Bubblemapssite consacré à la collecte d’informations sur les transactions sur les blockchains : un retrait soudain de liquidités, par un portefeuille associé à la mise en circulation du $NYC, d’une valeur avoisinant 2,5 millions de dollars (2,1 millions d’euros).
Ce retrait a eu lieu dans l’heure qui a suivi l’annonce du lancement par le compte X d’Eric Adams. Un laps de temps suffisant pour susciter une première vague d’achat et faire grimper le $NYC à 0,58 dollar l’unité. Sa valeur s’est ensuite effondrée sous l’ampleur du retrait, amplifiée ensuite par les premiers acheteurs paniqués qui ont cherché à revendre au plus vite leurs jetons. Le $NYC vaut aujourd’hui 0,13 dollar l’unité.
Lutte contre « l’antiaméricanisme »
Le NYC Token n’a aucun rapport connu avec les projets municipaux officiels de New York, dont le maire est désormais Zohran Mamdani. Une telle implication avec un projet financier porté par un ancien maire, dont le mandat vient de se terminer, serait de toute façon illégale, note La villesite spécialisé dans l’actualité new-yorkaise.
Eric Adams a, de son côté, a présenté le projet dans les médias et lors d’une brève conférence de presse à Times Square, le 12 janvier, comme un effort « communautaire » pour financer des programmes destinés à la lutte contre l’antisémitisme ou « l’antiaméricanisme »et des bourses éducatives consacrées à la blockchain et aux minorités. Il expliquerait sur Fox News que l’argent rapporte grâce à son jeton allait lui permettre d’agir « sans avoir à lancer d’impôts ».
Dans un communiqué obtenu par Fortune, Bloomberg et le New York Timesles équipes derrière le NYC Token ont démenti toute manipulation. Leur reste toutefois inconnue : on sait seulement qu’elles opèrent derrière le nom C18 Digital, enregistré dans l’identité du Delaware.
Dans leur déclaration, les représentants du projet ont seulement évoqué des « ajustements » réalisées « pour que les échanges se déroulent sans accroc ». Ils affirment ne pas avoir vendu de jetons, ne pas avoir retiré de l’argent depuis les comptes utilisés pour gérer l’opération et avoir réinjecté une partie des fonds retirés dans les liquidités associées au jeton $NYC. Le site Bubblemaps note toutefois au passage qu’environ 1 million de dollars a disparu.
Les mêmes analystes ont également observé que le $NYC était échangeable et que des transactions ont eu lieu pendant une vingtaine de minutes avant les premiers messages diffusés par Eric Adams. Un schéma qui rappelle le lancement de la cryptomonnaie libra en Argentine, en février 2025, essentiellement promue à l’époque par le président Javier Milei. L’un des opérateurs à l’origine de la mise en circulation avait avoué avoir intégré un système pour acheter automatiquement la libra dès les premiers instants, avant de les revendre au prix fort après les messages postés par Javier Milei sur X.
Pendant son mandat, Eric Adams avait été un fervent promoteur des cryptomonnaies et de l’écosystème « crypto ». Mais il s’est aussi fait remarquer pour avoir été inculpé pour corruption et financement illégal de sa campagne électorale pour la mairie de New York en 2021. Les poursuites avaient été abandonnées et l’affaire classée, en avril 2025sur demande de l’administration Trump, avec qui Eric Adams avait noué des relations.
