Utilisé depuis plus d’un siècle pour lutter contre le mildiou, le cuivre reste un pilier de la protection des vignes, en particulier en agriculture biologique. Mais son usage est aujourd’hui dans le viseur des autorités sanitaires. Ces derniers mois, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a engagé une révision des conditions d’utilisation de plusieurs produits à base de ce métal, estimant que les risques pour la santé des utilisateurs et pour l’environnement doivent nécessairement un encadrement renforcé.
Certaines décisions, contestées devant la justice administrative, ont été suspendues. L’Anses a toutefois choisi de faire appel. Sollicitée par La Tribune, l’agence n’a pas répondu à nos questions ni précisé sa position sur les conséquences potentielles de ces restrictions pour la filière viticole. Un silence qui alimente l’incompréhension des professionnels, d’autant que la France apparaît plus restrictive que certains de ses voisins européens, notamment l’Italie, où aucune démarche comparable n’a été engagée à ce stade.
Pour les organisations professionnelles, le risque est de créer une distorsion de concurrence entre producteurs européens, alors même que les contraintes climatiques et sanitaires sont similaires. L’inquiétude dépasse d’ailleurs la seule filière viticole. Dans le Grand-Est, plusieurs élus écologistes ont récemment énoncé la volonté de l’Anses de supprimer la quasi-totalité des solutions à base de cuivre, estimant qu’une telle décision « prix sans alternative viable » risquerait de fragiliser l’ensemble de la filière.
Ce positionnement inhabituel illustre la complexité du dossier. Si les effets environnementaux du cuivre sont bien documentés, de nombreux acteurs — y compris parmi les défenseurs de l’agriculture biologique — appellent à la prudence. Selon eux, une sortie trop rapide pourrait, paradoxalement, pénaliser les exploitations les plus engagées dans la transition écologique.

