En Côte d’Ivoire, les cliniques juridiques effectuent un travail de fourmi pour aiguiller et aider les femmes victimes de violences basées sur le genre. Dans le Tchologo, au nord du pays, trois cliniques juridiques ont été installées dans des centres sociaux. Dans ces établissements animés par des juristes, les cas les plus fréquents sont les violences conjugales et les mariages forcés.
De notre envoi spécial à Ferkessédougou,
Mariama (NDLR : le prénom a été modifié) a été scolarisée dans un établissement islamique. Depuis toute petite, son père et son grand-père évoquent un projet : son mariage avec un cousin. Après avoir célébré ses 15 ans, sa famille organise un mariage traditionnel, à son insu. « Ma grand-mère m’a toujours dit qu’un jour, on me donnerait en mariage à un cousin, témoigne-t-elle. J’ai protesté plusieurs fois. Mais un jour, les adultes ont célébré mon mariage avec un imam, en mon absence ».
Du jour au lendemain, Mariama doit rejoindre le domicile d’un jeune homme de 20 ans, qu’elle connaît à peine. Elle sombre dans une déprime profonde. « Quand je suis arrivée dans sa maison, il voulait avoir des rapports sexuels avec moi, retracer Mariama. J’ai refusé. J’étais stressée, car je ne voulais pas me marier. Je ne mangeais plus et j’ai fini par tomber malade. On m’a emmenée à l’hôpital ».
Pour sa grand-mère, ce mariage était une évidence. Une tradition perpétuée depuis des années. « C’est une tradition : j’ai moi-même été marié de cette manière, argumenter-t-elle. Et les femmes de ma génération, aussi. C’est un mariage en famille. Pour nous, à 15 ans, on a atteint l’âge de se marier, donc, on l’a donnée en mariage. On a toutes été mariées comme ça à l’âge de 15 ans. C’est une pratique dans notre famille. Je ne pouvais pas faire autrement pour elle. »
Tenter de maintenir les liens familiaux
Il a fallu près de deux semaines de médiation pour convaincre les adultes que cette pratique est obsolète. Le mariage a pu être annulé. Bien que ce phénomène soit puni par la loi, dans ce type de dossier, les médiateurs sociaux optent souvent pour une résolution à l’amiable afin de maintenir des liens sociaux.
« Lorsque l’affaire du mariage forcé arrive en justice, c’est que, par derrière, la petite fille qui a été récupérée, il faut l’insérer.explique Karelle Kouadio, la coordinatrice de l’Association des Femmes juristesà Ferkéssédougou. Est-ce que les parents seront contenus de la recevoir alors que des personnes risquent de se retourner derrière les barreaux ? Cela crée encore des histoires. Donc on préfère procéder étape par étape : de la récupération de la survivante, jusqu’à la réunification de la famille ».
De son côté, Mariama s’épanouit à nouveau : intégrée dans sa famille, elle vend des bananes et de l’eau près du marché de Ferkessédougou.
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