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- Auteur, Nicolas Négoce
- Rôle, BBC Afrique
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Temps de lecture : 8 min
Depuis quelques mois, le nord du Bénin est confronté à des attaques djihadistes de plus en plus meurtrières, dans un contexte régional marqué par des défis sécuritaires au Burkina Faso et au Niger voisins.
À l’approche du examen de ce dimanche, l’enjeu sécuritaire domine, tandis que le président Patrice Talon s’apprête à quitter le pouvoir après deux mandats, marqués par des réformes économiques et une croissance soutenue d’environ 7%.
Face à face : le ministre des Finances Romuald Wadagni et l’opposant Paul Hounkpè. Les deux candidats mettent en avant la nécessité de renforcer la coopération régionale pour faire face à la menace djihadiste.
Avec la montée des inquiétudes face à l’expansion de l’insurrection islamiste qui a déjà englouti une grande partie de l’Afrique de l’Ouest, la question sécuritaire domine la campagne électorale au Bénin, autrefois considérée comme un pays largement paisible.
L’élection présidentielle de dimanche intervient environ quatre mois après que le président sortant, Patrice Talon, a survécu à une tentative de coup d’État, au cours de laquelle le Nigeria – puissance régionale – a déployé des avions de guerre, au nom de la CEDEAO, pour bombarder les soldats mutins.
Cette intervention a évité au Bénin de suivre la trajectoire de pays voisins comme le Niger, le Burkina Faso et le Mali, où l’armée a pris le pouvoir ces dernières années, sur fond de frustration face à l’incapacité des gouvernements civils à contenir les groupes liés à Al-Qaïda ou à l’État islamique.
La menace est bien réelle : le groupe affilié à Al-Qaïda, JNIM, a tué 15 soldats le mois dernier lors d’une attaque contre une base militaire à Kofouno, près de la frontière nigérienne. Cette attaque s’inscrit dans une série de violences, notamment dans le Parc national W, où des dizaines de soldats béninois ont été tués en 2024.
Le parc W, ainsi que les réserves de Pendjari et d’Arly, forment la plus grande zone sauvage protégée d’Afrique de l’Ouest. Mais la densité des forêts et la porosité des frontières facilitent l’installation des groupes armés et leurs déplacements entre pays.

Selon l’ACLED, une ONG américaine fondée en 2005 qui collecte, analyse et cartographie en temps réel les données sur les violences politiques et les manifestations dans le monde, les zones frontales entre le Niger, le Bénin et le Nigeria sont devenues de véritables foyers de conflit, avec au moins 1 000 morts en 2025 – soit plus du double de l’année précédente.
Face à cette insécurité croissante, la peur gagne les populations locales. Materne Adjavon, un enseignant qui vit dans le nord, confie qu’il devient difficile d’éduquer les jeunes, tandis qu’une mère évoque la crainte constante des attaques, des viols et des pillages.
« Les écoles sont perturbées dans certaines zones du nord à cause de l’insécurité liée aux retombées des violences au Niger et au Burkina Faso, explique le jeune homme. Nous, les enseignants, nous voulons simplement travailler, éduquer les jeunes, mais cela devient très difficile. Nous ne pouvons pas imaginer que notre pays devienne comme le Nigeria avec la menace de Boko Haram, qui a fait tant de victimes. »
Une jeune maman Christel Yovi, qui travaille dans une plantation de sésame, explique : « Nous avons peur d’aller aux champs. Je vis ici à Nattintingou mais avec tout ce qui se passe, je voulais partir pour Porto-Novo ou Cotonou. Je ne sais pas quoi faire, ni où aller. À tout moment, ces hommes peuvent venir, nous violer, voler nos biens ou nous tuer. Ce n’est pas facile. Le Bénin ne mérite pas ça. Les jeunes ne méritent pas ça. »
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Dans ce contexte, les candidats mettent l’accent sur la sécurité. Le ministre des Finances et candidat du pouvoir, Romuald Wadagni, 49 ans, candidat de la coalition du Bloc Républicain et de l’Union Progressiste le Renouveau , promet de faire de la protection des citoyens une priorité quotidienne, après avoir lancé sa campagne dans le nord du pays, particulièrement exposée.
« Je voudrais vous dire que votre sécurité, la sécurité de chaque citoyen béninois et, encore plus, la sécurité de chacun des habitants de l’Alibori (nom du département), sera une souffrance quotidienne pour nous, à-il indiqué. Tout est mis en œuvre et tout continuera à être mis en œuvre pour que votre sécurité soit assurée chaque jour. »
Son rival, Paul Hounkpè, 56 ans et ancien ministre du parti Forces Cauris pour un Bénin Émergent (FCBE), insiste lui aussi sur la nécessité de coopérer avec les pays voisins, notamment le Niger et le Burkina Faso, malgré des relations tendues depuis les coups d’État dans ces pays.
Il insiste également sur ses chances de gagner : « Le match n’est pas plié, ça fait un. Deuxièmement, il s’agit pas d’un match amical. C’est un match sérieux et je sais que si quelque chose ne change pas dans les deux semaines qui viennent ou que si on devrait voter aujourd’hui c’est que nous sommes gagnants. Oui ou non ? C’est très clair et si nous sommes élus, nous parlerons avec les pays voisins pour éradiquer les violences djihadistes. »
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Ces tensions s’inscrivent dans une fracture régionale plus large. La CEDEAO a suspendu ces régimes militaires, qui ont en retour formé leur propre alliance, l’AES, et se sont rapprochés de la Russie.
Les relations entre le Bénin et le Niger se sont particulièrement dégradées depuis le coup d’État de 2023 et l’arrivée au pouvoir du général Abdourahmane Tiani, qui a fermé la frontière entre les deux pays.
Sur le plan politique, le bilan démocratique de Patrice Talon se divise. Ses partisans estiment qu’il a préservé la stabilité démocratique du pays, à contre-courant du président burkinabè Ibrahim Traoré, qui a récemment critiqué ouvertement la « démocratie ».
Mais les détracteurs de Talon dénoncent un recul démocratique, notamment à travers des réformes électorales ayant limité la participation de l’opposition. Hormis la sécurité, l’un des principaux enjeux reste la lutte contre le chômage.
Certes, avec près de 7 % de croissance en 2026, le Bénin s’impose comme l’une des économies les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest et près de 70 % de sa population âgée de moins de 30 ans.
Le Bénin figure parmi les pays les plus jeunes au monde — un atout démographique considérable, mais aussi un défi majeur en matière d’emplois et d’opportunités. Le plus jeune député du pays, Youssouf Issa, 31 ans, explique pourquoi il est essentiel que la jeunesse participe massivement au vote.
« Je pense que c’est un devoir civique de tous. On a la chance d’avoir un candidat qui est jeune. Le président actuel Patrice Talon a vraiment mis l’accent sur la jeunesse pendant ses 10 ans de mandat. On espère que les jeunes pourront sortir massivement pour voter. Être le plus jeune député à 31 ans, c’est une fierté pour moi. J’espère que c’est une fierté pour mes parents et pour la nation toute entière, un testament que la jeunesse peut représenter le Bénin. »
Tout le monde ne partage pas ce point de vue mais malgré les tensions, une transition pacifique du pouvoir est attendue. Les électeurs espèrent surtout que le prochain président parviendra à améliorer les relations régionales et à contenir l’insurrection qui menace désormais la stabilité du Bénin.

