Malgré l’amorce d’une sortie de crise, la traversée du détroit d’Ormuz n’est toujours pas libre. Le passage est contrôlé par Téhéran et pourrait le rester. Un changement majeur par rapport à la situation d’avant-guerre.
Pour l’heure, le trafic maritime ne reprend pas vraiment dans le détroit d’Ormuz, malgré l’annonce d’un cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran. Ce mercredi 8 avril à 14h, seuls deux navires avait effectué la traversée dans la matinée. L’essentiel des 800 bateaux bloqués dans le golfe Persique se détecte toujours à l’arrêt, même si des préparatifs étaient en cours pour commencer à les déplacer, selon le média spécialisé La liste de Lloyd. En clair, l’artère cruciale de l’économie mondiale reste bouchée.
Si certains tentent l’aventure ou ont négocié leur passage avec Téhéran, la grande majorité des armateurs attendent en fait des informations plus précises avant de s’engager dans le détroit.
“Nous ne savons pas encore comment ce cessez-le-feu se traduira concrètement pour le transport maritime. Nous espérons avoir des détails rapidement”, explique Jakob P. Larsen, responsable de la sécurité de Bimco, une association de transporteurs dont les membres contrôlent deux niveaux de la capacité mondiale de fret, interrogé par BFM Business.
À ce stade, Washington et Téhéran n’ont en effet pas dit la même chose. Dans son style emphatique habituel, Donald Trump s’est réjoui dans la nuit que l’Iran ait accepté “une ouverture complète, immédiate et sûre” du détroit d’Ormuz. De son côté, le ministre des Affaires étrangères iranien, a parlé d’un “passage sécurisé en coordination avec les forces armées iraniennes et compte tenu des limitations techniques”, pendant une période de deux semaines, le temps des négociations.
Interrogé par le Temps FinancierHamid Hosseini, le porte-parole de l’Union des exportateurs iraniens de pétrole, assure de son côté que l’Iran exigea que les compagnies maritimes paient des pénalités en cryptomonnaie pour les pétroliers traversant le détroit d’Ormuz. Une décision qui appartient au Conseil suprême de sécurité nationale iranienne. Il précise que le tarif serait de 1 dollar par baril de pétrole, en plus que les pétroliers vides peuvent passer librement.
Ce mercredi des pétroliers auraient même reçu un message radio leur indiquant qu’ils seraient “détruits” s’ils transitaient “sans autorisation”.
L’Iran garde la main
Pour les armateurs, cela signifie donc que le passage d’Ormuz n’est toujours pas libre mais qu’il reste contrôlé dans les faits par Téhéran. C’est un changement majeur par rapport à la situation qui prévalait avant la guerre.
“L’Iran a indiqué dans son plan en 10 points qu’il contrôlerait la navigation dans le détroit, ce qui implique que les navires emprunteront la route nord, au nord de l’île de Larak”, observe ainsi Jakob P. Larsen, auprès de BFM Business.
C’est cette route qui a été utilisée ces derniers jours par plusieurs bateaux, dont l’un appartenant à l’armateur français CMA CGM*. Certains ont dû payer pour passer, jusqu’à deux millions de dollars, selon plusieurs médias dont Lloyd’s List.
À proprement parler, le détroit n’est pas fermé. En fait, depuis le début de la guerre, les navires craignent d’être ciblés par des tirs iraniens. Les États-Unis, malgré cinq semaines de bombardementsn’ont pas été en mesure de faire cesser cette menace, qui bloque de fait l’essentiel du trafic maritime.
Les craintes des armateurs ne sont pas levées par le cessez-le-feu. Ce mercredi, des pétroliers ont reçu un message radio les prévenant qu’ils seraient visés s’ils s’engageaient dans le détroit sans autorisation, selon le Temps Financier qui a eu accès à un enregistrement.
La situation n’est pas réglée
Le rétablissement réel du trafic maritime suppose donc des garanties supplémentaires. “Pour que les armateurs considèrent qu’il est suffisamment sûr de quitter le golfe Persique, il faudra mettre en place un régime de transit, si l’on peut dire, très probablement sous l’égide de plusieurs États et peut‑être même de l’ONU”, anticipe Jakob P. Larsen, responsable de la sécurité de Bimco. Une agence de l’ONU a confirmé mercredi travailler sur un mécanisme de ce type.
“Ce dispositif devra reposer sur des garanties iraniennes quant à la sécurité du transit”, ajoute-t-il, en pertinent que “l’Iran dispose encore de quantités importantes de moyens militaires pour contrôler la navigation dans le détroit, notamment des missiles antinavires, des drones, des vedettes rapides d’attaque, de l’artillerie côtière et des mines”.
De plus, la situation devra “être encore plus stable” pour convaincre les armateurs d’entrer dans le golfe Persique afin d’aller charger du pétrole ou du gaz, estime Jakob P. Larsen. En d’autres termes, les perturbations sur les approvisionnements en hydrocarbures vont mettre au moins plusieurs semaines à se résoudre. Cela va probablement maintenir les prix à un niveau élevé pendant une période relativement longue, même si les marchés ont été rassurés par l’amorce d’une sortie de crise.
Téhéran et Washington ont désormais convenu d’entamer des négociations pendant deux semaines. Elles doivent débuter ce jeudi au Pakistan. Le passage par Ormuz sera l’un des sujets les plus brûlants. Ces dernières semaines, l’Iran a mis en place un système de contrôles poussés et de péage. Avant le cessez-le-feu, les autorités iraniennes nourrissaient le projet d’institutionnaliser ce système, entérinant ainsi leur contrôle sur cette artère stratégique. Reste à voir si les États-Unis l’accepteront. Mécontent que ses alliés ne viennent pas l’aider à sortir de l’ornière, Donald Trump a plusieurs fois menacé de laisser “la France” ou d’autres pays “se débrouiller tout seuls”.
*Propriétaire du groupe RMC/BFM.


