“Aujourd’hui, personne ne peut parler de football africain sans citer le Sénégal !” lance, le sourire aux lèvres, Ndary Aidara, président d’un district de football en banlieue de Dakar. “Depuis la génération d’El Hadj Diouf et ses coéquipiers au début des années 2000, les résultats ont été au rendez-vous” ajoute-t-il. Et de rappeler les faits d’armes de l’époque, notamment la victoire en coupe du monde face à la France, en 2002. Une génération de pionniers qui a ouvert la voie à de prestigieux héritiers, avec en tête vient le double ballon d’or Sadio Mané qui de terminer brillamment sa dernière CAN.
Autre point fort des “gaindés” – les lions, en wolof – : leur capacité à se renouveler, avec à chaque génération de n
ouvelles recrues prometteuses. En témoigne Mamadou Sarr, passé six mois par le RWDM début 2024 qui, du haut de ses vingt ans et d’une toute première sélection nationale, a su tenir tête aux deux monstres égyptiens Mohamed Salah et Omar Marmoush lors des demi-finales.
Un retour aux sources pour le jeune joueur né à Martigues, dans le sud de la France. “Depuis quelques années, à chaque sélection nationale, presque la moitié sont binationaux. Mais ils préfèrent jouer pour le Sénégal !” rappelle Ndary Aidara. Une victoire sportive mais aussi politique aux yeux du président d’académie. “Ça n’a pas toujours été le cas. rappelez-vous de Bafé Gomis ou d’autres joueurs ; il n’y a pas si longtemps, ceux de la diaspora ne répondent pas nécessairement à l’appel du pays“.
Une brillante ascension de l’équipe nationale et de ses stars, qui fait ressortir le paradoxe du football sénégalais. Car derrière le succès des Lions se cache un championnat local bien loin de tenir la comparaison. “En ligue des champions de la CAF, nos clubs jouent un match, au mieux deux, et sortent !” s’exclame Ndary. En témoigne l’écart de renommée. Si les noms d’Al Ahly au Caire ou des frères ennemis du Wydad et du Raja à Casablanca font le tour du monde, le championnat sénégalais n’a jamais accouché d’un club qui sache s’imposer à l’internationale.
“Nous avons des dirigeants qui manquent de vision. Ils ne croient pas en la transformation du sport en industrie, c’est ça le fond du problème» analyse Chérif Sadio, ancien président de club et directeur des partenariats de l’institut de formation Diambars.
Une situation qui impacte avant tout les joueurs. Peu de reconnaissance, salaires ridiculement bas – moins de 500 euros par mois pour un joueur de ligue 1 sénégalaise -…, le championnat local est devenu un véritable repoussoir. “Dans ces conditions, le football local ne peut pas marcher. Dès qu’un joueur fait une bonne saison et est repéré, il part” déplore Chérif Sadio.
De quoi créer une fuite des talents qui mine le football national. “Même pour les joueurs, c’est dangereux. Lorsqu’on joue pour quelques centaines d’euros et que d’un coup des clubs parlent en dizaines de milliers d’euros, certains ne savent pas gérer car ils n’ont jamais connu de sont pareilles” explique l’ancien président de club.
Un décalage qui alimente aussi les filières de faux agents et autres arnaqueurs, qui attachent le monde du football ouest africain. Jouant sur les rêves de clubs étrangers de la jeunesse sénégalaise, des réseaux transnationaux multipliant les arnaques ces dernières années. Un engrenage qui a récemment enduillé le Sénégal, avec la mort au mois d’octobre dernier d’un jeune gardien piégé au Ghana pour avoir suivi un de ces recruteurs.
Un décès qui avait révélé les défaillances flagrantes de l’écosystème sénégalais et les menaces qui planent sur ses jeunes joueurs. Reste à voir si ce drame fera bouger les lignes et lancer des réformes de ce géant aux pieds d’argiles qui semble être le monde du football sénégalais.

