« Trouver un équilibre entre sécurité et fête populaire »
Pour le sociologue Nicolas Hourcade, professeur agrégé à l’École centrale de Lyon et spécialiste du supportérisme, la sécurisation de cette fête populaire relève d’un défi bien plus vaste que celle d’un simple match.
Cette Coupe du monde représente-t-elle un défi particulier pour les autorités ?
« Oui, car ce n’est pas la même démarche de sécuriser un match – avec un stade, des flux de supporters locaux et de visiteurs à gérer – que ce type de grand événement sportif à l’impact national. Le défi est plus grand et complexe : il faut gérer une faute protéiforme, le tout dans l’espace public. »
La typologie des supporters est donc différente de ceux présents habituellement dans les stades ?
« Les matchs de l’équipe de France, et plus généralement de la Coupe du monde, attirent des millions de personnes et battent des records d’audience. On y retrouve des amateurs de football, des supporters d’un jour, mais aussi une minorité d’individus qui en profitent pour commettre des vols, des dégradations ou perturber l’espace public. On est face à un public beaucoup plus massif, plus imprévisible. »
« Les fan-zones présentent un intérêt réel »
À l’image de ce qui a été observée lors des festivités – et des heurts – ayant suivi le sacre du PSG en finale de Ligue des champions ?
« Cette finale dépassait le cadre du sport, tout comme un grand match de Coupe du monde. Les problématiques sécuritaires sont assez similaires à une Fête de la musique ou à un réveillon du 31 décembre : beaucoup ont envie de faire la fête, et une minorité en profite pour créer des troubles. Et puis il y a la question de la polarisation du débat politique autour de ces événements. L’extrême droite dénonce des « racailles » qui déferleraient dans les centres-villes et une police insuffisamment stricte, tandis que La France insoumise fustige l’agressivité excessive des forces de l’ordre qui gâcheraient la fête. On est dans un cercle vicieux malsain : la police est sous pression des médias et des politiques, ce qui ne favorise pas la bonne gestion de ces événements. »
Comment sortir de cette impasse ?
« Il ne faut pas que l’on soit uniquement dans une logique d’éviter les incidents. L’enjeu est aussi de créer des conditions pour que la fête puisse se développer. C’est pour cela que les fan-zones présentent un réel intérêt à mon sens. Elles créent des points de rassemblement relativement contrôlés et sécurisés. Bien sûr, le risque zéro n’existe pas, mais ces espaces offrent un cadre plus « maîtrisable ». Ce qui a posé souci le soir du succès européen du PSG, c’est qu’il n’y avait pas de zones de rassemblement sécurisées. Bien vu que le lendemain, sur le Champ-de-Mars (pour les festivités des joueurs, NDLR), les choses se sont passées complètement différemment. L’immense majorité des supporters est frustrée quand ça dégénère. Toute la difficulté consiste à trouver un équilibre entre sécurité et expression de la fête populaire. »

