En Côte d’Ivoire, il y a ceux qui disent qu’il faut transformer les matières premières du pays et celles qui le font. Olga Yenou a créé en 2012 la marque Tafissa, qui propose de la poudre et de la pâte à tartiner « made in Abidjan ». Reportage dans une unité de conditionnement à Cocody. (Rediffusion du 03/08/2025).
Lorsqu’elle vous invite à visiter son unité de conditionnement à Abidjan, Madame Yenou ne rigole pas avec l’hygiène et vous montre, si besoin est, que c’est bien elle, la patronne. On ne franchit pas le pas de porte de son unité d’ensachage Tafissa sans enfiler sur-chaussures, chemisier et charlotte sur la tête. Hygiène oblige.
La poudre de cacao pour les boissons chaudes ou froides et la pâte à tartiner Tafissa sont l’une des rares marques ivoiriennes qui proposent, de la cabosse jusqu’au produit fini, une transformation 100% locale. Olga Yenou est une ancienne directrice d’usine chez Cémoi, un chocolatier français également en charge Côte d’Ivoire. En 2012, elle décide de se lancer dans l’aventure sous sa propre marque. Ancienne de polytechnique à Yamoussoukro, Olga Yenou a misé sur le plaisir procuré par le cacao, mais surtout sur les bienfaits d’un produit qui – lorsqu’il n’est pas saturé de potasse ou de sucre ajouté – est précieux pour l’organisme.
Bienfaits d’un produit précieux pour l’organisme
« Arriver sur le marché avec une poudre de cacao sans sucre du tout, il fallait le faireraconte-t-elle. Cela existait, mais très peu. La majorité des produits du chocolat sont sucrés, donc venir avec une poudre sans sucre fournie aux adultes (parce que moi-même, je suis une adulte) et que je commence à faire attention à ma santé. Je me suis éloigné des produits chocolatés à cause de la présence du sucre. J’ai pris vraiment le contre-pied de ce qui se faisait. Et aujourd’hui, on se rend compte qu’il ya quand même une population qui veut consommer du cacao, mais en dosant son sucre soi-même. »

Marina est l’une des 40 salariées qui s’occupent de mettre de la poudre 35, 70 ou 100% cacao dans des sachets que l’on retrouve dans les supermarchés ivoiriens. « Si tu es diabétique, tu peux le prendre. C’est aussi aphrodisiaqueexplique cette mère de deux enfants en rigolant. En tout cas, c’est très bon. Il n’y a rien à dire. Avec ce travail et mon salaire, mes enfants peuvent aller à l’école. Je ne me plains pas. »

Fabriqué par des Ivoiriens
Pas besoin de se plaindre donc, d’autant plus que Lucille Yango, responsable commerciale, se félicite, elle, des commentaires des consommateurs quand elle fait des visites surprises dans les supermarchés : « Je demande exclusivement : ”Pourquoi prendre-vous ce produit ?”. En général, ils ne savent pas que c’est fait par des Ivoiriens, ils sont encore plus fiers. Je pense que le défi majeur ici en Côte d’Ivoire, c’est la consommation locale. C’est bien du transformateur, mais aujourd’hui, 90% de notre production va à l’exportation. Ce serait bien que 100% de notre production soit transformé et vendu de façon locale. »
Une production pour un marché national qui reste à développer. Sur les 1,8 millions de tonnes de cacao produites en 2024, Tafissa n’en transforme qu’une centaine de tonnes par an. Le chemin est encore long. Mais pas d’inquiétude, Madame Yenou et son équipe se dopent au cacao.
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