Claire Briant, artiste céramiste, entretient une connexion profonde avec la nature, la matière et l’émotion. La terre est son langage, sa façon d’être au monde. Pratique la cuisson au feu de bois pour sa dimension vivante et collective, elle crée des pièces uniques, reflets d’un voyage intérieur et d’un dialogue avec le monde, chaque cuisson marquant une étape vers une compréhension plus intime d’elle-même et des autres.
La création, c’est une voie, ce n’est pas autre chose.
Nantaise d’origine, d’abord conteuse et guide-conférencière, Claire Briant découvre la céramique en 2005 lors d’un séjour aux États-Unis. Cette rencontre est un choc : elle y voit un véritable appel auquel elle ne peut que répondre. « On me demande souvent comment j’ai choisi cette voie, et je réponds toujours que c’était vraiment un appel. Je n’ai pas d’autre choix que d’y répondre ». Autodidacte, elle ouvre son atelier en 2010 et s’engage dans une pratique intuitive, organique, respectueuse de la matière.
Pour elle, la céramique devient une façon entière de conduire son existence. Du matin au soir, tout ce qu’elle voit se reposer à son travail : ce qui l’émerveille comme ce qui la révolte nourrit son inspiration. « C’est une sublimation du quotidien tout le temps. » L’atelier, lieu d’introspection, l’oblige à se confronter à elle-même pour mieux rejoindre l’universel : « Ce moment où moi, je disparais, pour appartenir à tous. »
Marcher, collecter, révéler la matière
Le geste créatif commence dehors. Claire Briant arpentes forêts, rivières et montagnes, sac et petite pelle à la main. Elle collectionne des argiles et minéraux invisibles, enfouis sous nos pieds. Pour comprendre cette matière, elle s’est formée à la géologie et à la flore, apprenant à « lire le paysage ». Elle aime l’idée que nous sommes tous des « produits de la géographie » et travaille sur cette tension entre nature et culture.

« Aller chercher dans l’invisible, aller chercher ce qui n’existe pas, c’est ce qui me motive », confie-t-elle. Ses récoltes donnent naissance à des mélanges uniques, non reproductibles, où se rencontrent des terres qui ne se croiseraient jamais dans la nature. Sur le tour, ces argiles lui racontent les lieux d’où elles viennent et la manière dont les humains y vivent. La disparition d’un fil d’argile en Brocéliande, portée par un orage, lui rappelle que tout reste soumis au mouvement du vivant.
La magie du feu de bois
Au-delà du façonnage, la cuisson est un moment clé de sa démarche. Les cuissons au gaz, trop contrôlées et froides, la laissaient insatisfaite : son corps, pourtant au cœur de tout le processus, n’avait plus sa place. « C’était extrêmement frustrant que mon corps ne serve à rien, alors que pendant tout le reste du processus, le corps est extrêmement impliqué. » La rencontre avec un potier travaillant au bois est décisive. En découvrant la cuisson au feu de bois, elle a envoyé son corps redevenir vivant, engagé dans la chaleur, l’écoute du feu et de ses besoins : « Comprendre le feu, comprendre ce dont il a besoin, l’écouter… ça a été une révélation. »

Elle a construit d’abord un quatre expérimental chez elle, puis, après plusieurs années de cuissons en solitaire, cherche une dimension plus collective. Entre 2017 et 2018, elle rencontre le céramiste Cyril Dennery, avec qui elle bâtit un four à bois. Le binôme, aux parcours opposés mais aux sensibilités convergentes, mène des cuissons à deux, identifie des essences de bois et des protocoles en fonction des effets recherchés. « Il ne s’agit pas de faire du feu, il s’agit de cuire des poteries », insiste-t-elle.
Une philosophie de la vulnérabilité et du vivant
Au-delà de l’objet, la céramique de Claire Briant est une réflexion sur la vulnérabilité et la transformation. La terre fraîche, malléable, accueille empreintes, énergies et émotions. « Elle prend toutes les empreintes, elle prend toutes les énergies, elle prend tout. » Le passage au feu fige ces traces et rend visible un récit intime et collectif. Dans ses pièces, les failles deviennent force, les accidents participent du sens. « J’essaie d’aller dans les failles, d’aller chercher la vulnérabilité, ce moment où les faiblesses deviennent des forces. »

Chaque cuisson, chaque pièce est ainsi un moment de résonance : une pause dans le flux du monde, qui offre au regard un fragment d’immobile pour mieux ouvrir des portes vers l’invisible.
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