
Trouver des financements, rencontrer des producteurs, convaincre des partenaires : pour de nombreux réalisateurs, tout se joue avant même le tournage. Faute de structures solides dans leurs pays, beaucoup de cinéastes africains viennent encore chercher ces opportunités en Europe, où se concentrent une grande partie des réseaux et des financements. À Paris, plusieurs projets portés par des réalisateurs venus du continent sont actuellement accompagnés pour tenter de franchir cette étape décisive.
Autour d’un café, professionnels du secteur et invités découvrent chaque année les projets de cinéastes et producteurs venus des pays du Sud. Ils sont dix à avoir été choisis parmi une centaine de candidatures. Une sélection où l’Afrique occupe une place importante, comme l’explique Eva Nguyen Binh, présidente de l’Institut français : « L’Afrique, c’est un tiers des projets qu’on accueille à la Fabrique Cinéma. Notre objectif, c’est d’accompagner ces talents avec des échanges, des expériences, des master classes, et de les mettre en relation avec l’écosystème français. »
Des réalisateurs et producteurs en début de carrière sont accompagnés à un moment clé de leur parcours, où il faut apprendre à exister sur un marché compétitif. « Ils apprennent comment vendre leur projet, car le cinémac’est la création artistique, mais c’est aussi un marché. Il faut donc qu’ils se confrontent à ce marché international », souligne un intervenant.
Pour ces cinéastes, la première étape est souvent le Festival de Cannesun passage important pour trouver des partenaires et des financements. Côté contenu, leurs films expriment souvent une forme d’urgence, avec des histoires ancrées dans des réalités sociales et politiques fortes. Emilie Pianta, responsable du programme Fabrique Cinéma, explique cette tendance : « Comme ce sont des premiers films, les réalisateurs et réalisatrices y mettent tout. Ce sont des films à fort enjeu politique et social, avec le besoin d’exprimer une demande de plus de justice sociale et de lutte contre les discriminations. »
Une fois de retour dans leur pays, certains prolongent cette expérience en transmettant à leur tour ce qu’ils ont appris. Mais derrière cet accompagnement, une question persiste : ces dispositifs peuvent-ils, à eux seuls, permettre de structurer durablement le secteur du cinéma sur le continent ? Pour le producteur franco-sénégalais Jean Fall, la réponse est nuancée :
« La Fabrique Cinéma fait partie des dispositifs qui existent pour soutenir le cinéma africain depuis des années. Mais malheureusement, ce n’est pas assez. Le problème, c’est qu’on n’a pas encore de véritable circulation des films au niveau de la distribution entre les pays africains. Les films restent dépendants des sélections aux festivals pour trouver un acheteur, et les producteurs eux-mêmes sont tributaires de ce système où ils dépendent de financements externes pour leurs œuvres. »
Un constat qui interroge, alors que l’objectif, à terme, est de voir émerger des réseaux locaux plus autonomes. « Le plus grand succès, ce sera qu’ils n’étaient plus besoin de nous », conclut Eva Nguyen Binh.
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