
C’est sans doute l’un des films les plus attendus de l’année : L’Odyssée débarque ce mercredi 15 juillet sur les écrans français. Porté par une pléiade de stars américaines, Matt Damon en tête dans le rôle d’Ulysse (mais aussi Zendaya, Tom Holland ou encore Charlize Theron), cette adaptation de grande ampleur est signée du Britannique Christopher Nolan. Le réalisateur oscarisé d’Oppenheimer et de la trilogie Batman le chevalier noir revisitez cette épopée mythologique avec les codes du blockbuster.
RFI : L’Odyssée est un poème grec d’Homère écrit il ya plus de 2 700 ans. Qu’est-ce qui vous fascine autant dans ce récit et en quoi est-ce qu’il nous parle encore au XXIe siècle ?
Christophe Nolan : Je pense que lorsque l’on étudie L’Odyssée d’Homère, on y trouve des vérités universelles et intemporelles. Cette œuvre fondamentale de la littérature est à l’origine de toute la culture occidentale. Ce poème a fasciné génération après génération pendant près de 3 000 ans parce qu’il est simple et possède ces qualités accessibles et intemporelles de la nature humaine. Nos préoccupations humaines n’ont pas tellement changé. En l’adaptant, je me suis rendu compte qu’il y avait des thèmes et des modèles de narration qui faisaient écho à mes films précédents. Ainsi, le récit du retour au foyer est quelque chose que j’avais abordé dans Création et Interstellairepar exemple. Dans la trilogie sur « Batman, The Dark Knight », on retrouve aussi le thème du voyage du héros. C’est sa simplicité et son approche de la nature humaine qui permettent à chaque génération de l’interpréter d’une manière pertinente pour notre époque.
C’est un grand récit d’aventures, avec des éléments fantastiques, des monstres, mais que vous rendez-vous très réaliste.
Le réalisme est un terme chargé au cinéma. Je voulais que le film ait néanmoins une texture réaliste pour que les spectateurs croient à l’histoire. Mais c’était un défi : comment aborder les éléments fantastiques ? Pour le cheval de Troie, j’ai réfléchi à la manière dont cela aurait pu fonctionner dans la vraie vie. Mon public et moi savons que le cheval est rempli de Grecs, donc il faut le « vendre » d’une certaine manière. Ma solution a été de me dire : s’il ressemble à un monument déchu, à moitié enterré dans le sable et sur le point d’être détruit par la mer, il ne ressemble pas à quelque chose conçu pour être transporté dans la ville. De même pour le Cyclope, en filmant dans une vraie grotte et en cherchant des solutions concrètes. Comme mon ami Guillermo del Toro l’a bien montré, un monstre n’est jamais juste un monstre. Mais si vous arrivez à exprimer ses émotions, vous commencez à y croire, il ya du poids et de la gravité, et c’est alors menaçant et effrayant parce que cela semble réel.
Vous avez réalisé un film de science-fiction, Interstellairedes films de superhéros avec Batman, un film de guerre avec Dunkerque. Là vous vouliez investir un autre genre : le péplum ?
J’avais pour référence de grands films épiques comme Lawrence d’Arabie, Gladiateur ou Barry Lyndon. Mais il n’y avait pas eu de récit moderne de la mythologie grecque. Des réalisateurs comme Ray Harryhausen s’y sont attaqués, mais avec des budgets et des ressources de séries B. Avoir l’opportunité de faire cela pour la première fois avec une grande échelle, un budget et un casting important, c’est une occasion unique pour un réalisateur.
Pourquoi avoir choisi de tourner en pellicule IMAX ?
Je veux tourner un film entièrement en pellicule IMAX depuis que j’ai environ 16 ans et que j’ai vu pour la première fois des documentaires dans des musées filmés en IMAX. La clarté de l’image, la couleur incroyable, l’absence de grain, l’écran grand qui vous immerge d’une manière vraiment fondamentale, m’ont immédiatement pertinent pour des superproductions hollywoodiennes.
Mais ce sont des caméras massives et bruyantes. Pour ce projet, je suis allé chez IMAX et j’ai dit : « Pourriez-vous trouver un moyen de rendre les caméras silencieuses parce que je veux vraiment faire le film entier de cette façon ? » Ils ont conçu un boîtier high-tech dans lequel je pouvais mettre la caméra, un très grand boîtier, mais qui la rendait silencieuse. Mais il faut changer les bobines au bout de trois minutes. Donc, dit aux acteurs : « D’accord, vous allez avoir cette machine massive devant le visage et vous allez devoir vous arrêter au milieu d’une scène et retenir votre émotion pendant que nous rechargeons la caméra aussi vite que possible, aussi discrètement que possible. »
Si les acteurs n’avaient pas voulu le faire ou n’avaient pas trouvé que cela fonctionnait pour eux, nous l’aurions abordé différemment. Mais en fait, je pense qu’ils ont trouvé cela très excitant. Le niveau de concentration sur la performance avec ces restrictions était très intense. Si vous filmez sur un format numérique où vous pouvez filmer pendant des heures, vous pouvez obtenir du bon travail de tout le monde sur le plateau, mais ce sera à des moments différents. Tandis que lorsque vous faites tourner cette caméra et que tout le monde est concentré, sachant que vous avez ce temps limité et que tout doit se rejoindre à ce moment-là, chaque technicien donne le meilleur de lui-et arriver à ce point de concentration intense. Chaque format que vous choisissez a des avantages et des inconvénients ; la clé est d’essayer de construire le scénario autour des avantages.
Et qu’est-ce qui était le plus compliqué sur le tournage ?
D’un point de vue physique, être sur des bateaux est toujours extrêmement difficile au cinéma, surtout sur un vaisseau antique reconstitué dans des eaux agitées. Mais certaines scènes calmes, des scènes dramatiques plus intenses, ont été pour moi de loin les plus difficiles à filmer. Il fallait en quelque sorte que l’équipe de prise de vue comprenne comment déplacer la caméra comme n’importe quelle autre, alors qu’elle est 50 fois plus grande. Et puis que les acteurs puissent continuer à se concentrer en dépit des interruptions. Ça a été l’un des plus grands défis du film.

