Afrique francophone : Le Dr Cheikh Mbacké Faye alerte sur le déficit de production et d’utilisation des données
La production et l’exploitation des données scientifiques et sanitaires restent un défi majeur pour l’Afrique francophone, alerte le docteur Cheikh Mbacké Faye, directeur général du bureau régional Afrique de l’Ouest et du Centre africain de recherche sur la population et la santé (APHRC). Selon le Dr Faye, « l’un des défis majeurs en Afrique francophone reste la faible production scientifique et la faible exploitation des données existantes ». Ce déficit limite l’élaboration de politiques publiques efficaces et contextualisées, et freine l’appropriation locale des solutions adaptées aux besoins des populations.
Renforcer les capacités pour produire des données fiables
Pour rattraper ce retard, l’APHRC mise sur plusieurs leviers. Il s’agit, dit-il, du renforcement des compétences avec des formations courtes en biostatistique, analyse de données et modélisation, ainsi que des programmes de bourses pour masters, doctorats et post-doc. Il y a aussi la collaboration avec les universités : FMPO, ESP et institutions régionales participent à la montée en compétence des chercheurs francophones, mais aussi et surtout la cocréation des agendas de recherche.
Le Dr Faye insiste « sur la nécessité de définir les priorités avec les chercheurs, pour les décideurs et avec les communautés, plutôt que de les laisser entièrement dictées par les bailleurs de fonds ». Cette approche, selon lui, garantit que les données produites répondent aux besoins réels et sont utilisées pour orienter les politiques publiques.
Travail étroit avec les pouvoirs publics
L’APHRC travaille avec les ministères et les agences nationales pour améliorer la qualité des données, renforcer les systèmes d’information sanitaire (EDS, MICS, DHIS2), traduire les informations en messages clairs et exploitables pour les décideurs.
Pour le Dr Faye, « transformer les politiques grâce aux données probantes est le moyen le plus efficace de garantir un impact réel sur la santé des populations ». Au-delà de la santé, le déficit de production et d’utilisation des données freine la planification démographique, la gestion des systèmes de santé et l’anticipation des crises climatiques et sanitaires. Pour l’Afrique francophone, investir dans les données n’est pas un luxe, mais une nécessité pour orienter le développement et améliorer la vie des citoyens.
Auteur : Yandé Diop
Publié le: lundi 01 décembre 2025
