Créé il y a vingt ans, le Conseil du Jura bernois (CJB) fait figure d’ovni politique en Suisse. Spécifique à cette région et unique en son genre, il sera renouvelé le 29 mars en parallèle du premier tour des élections cantonales bernoises. Mais certains remettent en question l’intérêt de son existence.
Le CJB, qui compte 24 membres élus, à des compétences politiques atypiques : il s’agit d’un organe législatif qui peut prendre aussi certaines décisions exécutives. Si bien que même dans la région, ses attributions ne sont pas toujours évidentes. Mais une chose est sûre : il a pour principal objectif de défendre la minorité linguistique et culturelle francophone au sein d’un canton très majoritairement allemand.
Concrètement, il se réunit en plénum une fois par mois, en plus des séances des différentes commissions, à l’image d’un Parlement classique. L’une de ses tâches principales concerne l’attribution des subventions : il est souverain dans ce domaine en ce qui concerne le Jura bernois, tandis que pour les autres régions bernoises, c’est l’Office cantonal de la Culture qui est compétent.
Représentation d’une petite minorité
“C’est très important pour une minorité d’avoir une politique culturelle” propre, rappelle Mario Annoni, l’un des créateurs du CJB lorsqu’il était conseiller d’Etat bernois. “Enfin, c’est ce qui fait vivre la région. Objectivement, dans le domaine des activités sportives et culturelles, le Jura bernois est une région qui marche bien”, estime-t-il.
La région a dû lutter pour exister politiquement et administrativement, et si des lois la protègent aujourd’hui, cela n’a pas toujours été le cas. Par ailleurs, les francophones restent une minorité dans le canton de Berne, où ils représentent environ 10% de la population. Le Jura bernois en représente lui-même désormais moins de la moitié (47’000 habitants), car avec le transfert de Moutier, la région a perdu 13% de ses administrées.
“Je vois bien qu’il ya une très grande sensibilité pour les francophones au Grand Conseil bernois, nos collègues sont sensibles à nos positions, mais il faut rester attentif: il y aura toujours quelqu’un pour remettre en cause les prérogatives dont on dispose”, prévient ainsi la députée bernoise Virginie Heyer, actuelle présidente du CJB.
Un organe inutile ?
Pourtant, y compris dans la région, certaines voix remettent en question cette représentation politique. Elles estiment que le fonctionnement du CJB pose problème, notamment l’attribution des subventions qui « politisent » la culture.
Ancien maire de la Neuveville, ex-député et élu du CJB, Roland Matti affirme même publiquement que ce conseil ne sert à rien. “À mon avis, il n’a aucun poids. Je suis désolé mais en termes d’objectifs, on n’arrive à pas grand-chose”, estime-t-il.
“Par contre, quand on est député et membre du CJB, on est informé de manière un peu différente, et là ça peut aider à réaliser des objectifs au niveau du Grand Conseil”, nuance-t-il. Mais selon lui, les tâches du CJB pourraient tout à fait être gérées par l’association de communes Jura bernois.Bienne (Jb.B).
Une attaque serait un mauvais signal
“Techniquement, ça serait tout à fait faisable de reprendre la plupart des tâches, l’octroi de subventions”, répond Virginie Heyer, qui est également la présidente de Jb.B. “Par contre, en matière de pratique et de sens que l’on veut donner à cet organe politique, ça ne fait pas de sens pour moi.”
“Certaines personnes pensent que la somme des intérêts communaux représente les intérêts régionaux. Ce n’est pas juste”, abonde Mario Annoni. “Quand il s’agit de parler des intérêts régionaux, il faut une instance régionale qui est au-dessus des contingences territoriales communales.”
Enfin, s’attaquer au CJB, c’est avant tout attaquer la loi sur le statut particulier qui protège la minorité francophone de Berne. Ce serait un mauvais signal de la part de Berne quelques mois seulement après le départ de Moutier.
Célia Bertholet/jop
