
À Madagascar, l’obscurité n’est pas qu’une question de cycle naturel, c’est une barrière sociale. Avec 70 % des foyers privés d’électricité, la nuit est un luxe coûteux. Dans les zones enclavées ou les quartiers trop pauvres pour se connecter au réseau officiel, une micro-économie de la lumière s’est installée. Ici, on ne paie pas de facture à la Jirama, la compagnie nationale d’eau et d’électricité, on loue l’électricité à la journée.
De notre correspondant à Antananarivo,
Dans ce quartier à la périphérie d’Antananarivo, les poteaux électriques sont parfois tout proches, mais le courant reste inaccessible. Pour Miary, enceinte et mère de deux enfants, la lumière provient de deux petites lampes solaires louées chaque jour. « Ça fait dix ans que j’habite ici. Avant, j’utilise des bougies, mais ça ne durait pas longtemps, témoigne-t-elle. J’habite avec trois personnes : mon conjoint et mes deux enfants. Aujourd’hui, j’utilise deux lampes. Mais c’est par nécessité… Je préférerais avoir de l’électricité chez moi. »
Pour 300 ariarys par jour, soit à peine six centimes d’euro, elle accède à ce que l’on appelle ici un bazar, un hub énergétique où la lumière se loue sans engagement. « J’ai remarqué que quand je vais au village et dans les provinces, beaucoup de gens utilisent encore les lampes à pétrole, les bougies et je trouve ça quand même assez désolant, déplore Ronak, co-fondateur de ce système de localisation. On parle vraiment de la couche sociale qui est oubliée, des personnes qui travaillent tous les jours, qui s’efforcent d’avoir une vie décente et qui n’ont pas les moyens d’avoir une lumière chez elles, d’acheter un petit kit solaire ou même de se raccorder. »
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« J.‘allège en partie les difficultés des ménages »
Ce réseau repose sur des intermédiaires comme Jean-Claude Dina. Chaque matin, il récupère les lampes pour les recharger, avant de faire sa tournée de distribution l’après-midi. « Je ramasse les lampes le matin vers 8 heures, et je les ramène dans chaque foyer à partir de 15h30, explique-t-il. 115 foyers bénéficient de ce service. Je suis heureux de le faire, car j’apporte de la lumière et j’allège en partie les difficultés des ménages. »
Cette solution alternative, soutenue en partie par des fonds de la Banque mondiale, s’inscrit dans un paysage énergétique en pleine mutation. Si le gouvernement de Refondation affiche sa volonté d’accélérer l’accès à l’énergie, la Jiramala compagnie nationale d’eau et d’électricité, reconnaît que ses infrastructures ne peuvent plus suivre la démographie.
Pour les oubliés de la capitale, la lumière reste un produit de localisation : une autonomie précaire, payée au jour le jour.
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