En 1994, la déflagration de la non-participation au Mondial avait paradoxalement marqué le début de la page d’or de Deschamps, milieu et capitaine des Bleus : une demi-finale à l’Euro 1996, une finale à l’Euro 2016, et deux succès à la Coupe du monde en 1998 et en 2018. En 2026, l’épreuve planétaire clôturera son passage déjà historique comme sélectionneur : 14 ans (un record), le plus beau des trophées en 2018 et une autre finale mondiale en 2022, la finale de l’Euro 2016 et la demi de celui de 2024, une Ligue des Nations en 2021 et une seule contre-performance en six phases finales majeures jusqu’ici (huitième de finale de l’Euro 2021). En soulevant à nouveau la Coupe du monde, le 19 juillet prochain à New-York, le Bayonnais, qui pourrait atteindre les 300 matchs en équipe de France (103 comme joueur, 185 à ce jour de sélectionneur), réunirait un palmarès inédit pour un sélectionneur. Le plus gros de l’histoire du football des nations tout confondu.
Un nouveau cycle pour finir
L’année 2025 de Didier Deschamps avait débuté par l’annonce inattendue dans le timing, le 8 janvier, de sa décision de se retirer des Bleus en 2026, au détour d’une interview au journal de TF1 dans le cadre de l’opération « Pièces Jaunes » dont il est le parrain. Cette officialisation d’un choix, « pris depuis plusieurs mois », a été présentée comme spontanée et non prévue, une incongruité pour celui qui a fait sa force de laisser le minimum au hasard. La manière et le moment, dans un temps creux, ont été une réussite. L’ancien entraîneur de Monaco et de Marseille était alors au cœur du scepticisme et des critiques. L’Euro, seul trophée qui lui manquait comme sélectionneur, s’était achevé en demi-finale six mois plus tôt en laissant sur leur faim les (télé) spectateurs. La nouvelle donne a changé les regards, adoucissant la lassitude des suiveurs pour laisser la place à l’excitation du dernier défi.

Sur le terrain, surtout, Deschamps a, comme à chaque creux de son passage, su retourner la dynamique en sa faveur. La campagne allemande avait marqué la clôture d’un autre cycle, celle des cadres de 2018 : Giroud et Griezmann, après les Lloris, Varane ou autre Matuidi. Il a réussi à en ouvrir une autre, utilisant 38 joueurs depuis 2024 pour une revue d’effectifintégrant petit à petit les médaillés d’argent des Jeux olympiques 2024 (Olise, Doué, Koné, Akliouche, Cherki) au socle déjà renouvelé du Mondial 2022 (Maignan, Upamecano, Saliba, Tchouaméni). Surfant sur le retour en forme de Mbappé, « DD » s’est également offert de nouvelles armes offensives pour équilibrer le poids du Madrilène.
La formation portée vers l’avant utilisé depuis mars et le quart de finale retour de Ligue des Nations contre la Croatie (2-0), rappelle celle de ses débuts d’entraîneur à Monaco. Il s’était alors hissé jusqu’en finale de la Ligue des Champions 2004 avec le quatuor offensif Giuly – Morientes – Prso – Rothen.
Son esprit sur la compétition
La progression dans l’équilibre observé au cours d’une campagne de qualification survolée (5 victoires, un nul, 16 buts marqués, 4 encaissés) n’assure pas de retrouver le même ambitieux 4-2-3-1 le 16 juin contre le Sénégal, adversaire déjà corsé pour débuter la compétition. Cinq mois et demi ne se passent jamais sans péripétie et Deschamps garde comme marque de fabrique sa capacité à « s’adapter » sportivement et humainement, et à créer un groupe et une onze performants au cours des phases finales souvent différentes de celles imaginées au départ.

