Alerte mode, le string refait surface. Il n’aura fallu qu’une soirée – et un cliché – pour faire revivre cette tendance des années 2000 dont certaines seraient bien passées. Un retour que l’on doit à Hailey Bieber. Lors de la soirée Men of the Year de GQ, le mannequin a exhibé sous sa robe noire scintillante au dos plongeant le fameux string Gucci créé par Tom Ford à la fin des années 1990. Un bout de tissu qui avait fait scandale à l’époque, devenant l’étendard de l’esthétique provocante « porno chic ».
Une période marquée par des campagnes de mode sulfureuses, une hypersexualisation du corps féminin, et des collections tout en filet de pêche et transparence. « Ces images très sexuées ont peu à peu été bannies, mais il y a une espèce de revival qui se dessine aujourd’hui », analyse Thomas Zylberman, styliste et tendanceur chez Carlin Creative. Une chose que l’on doit, selon l’expert, à l’attente qu’il ya autour du futur de la maison Gucci, désormais portée par un nouveau directeur artistique, Demna. La tenue choisie par Hailey Bieber pourrait s’inscrire dans ce contexte, interrogeant sur le retour d’une mode plus suggestive.
La mort annoncée du luxe tranquille
La top américaine n’est pas la seule à faire revivre cette tendance, en témoignent les tenues récemment portées par Beyoncé, Tyla, Kylie JennerEmily Ratajkowski ou Teyana Taylor. Mais ce retour de hype est également lié à l’avènement depuis plusieurs saisons du style Y2K, porté par la taille basseles robes nues, et les robes aux découpes évocatrices. Tendance repérée sur les podiums de Philipp Plein, Dolce & Gabbana, Diesel, The Blonds, ou encore Versace. Deux ans après la consécration du luxe tranquilleil semblerait que certaines ressentent la nécessité de réveiller leur dressing à travers des pièces aux antipodes de cette mode un peu trop… policière.
« On a passé quasiment trois saisons en mode luxe tranquille, c’est-à-dire col roulé en cachemire beige et jupe plissée en flanelle grise. Ca a commencé à être un peu insipide, un peu chiant pour tout dire », explique Thomas Zylberman. Il s’agit donc de donner un coup de fouet à la mode, avec des pièces plus sexy, plus provocantes, plus sulfureuses, qui dévoilent – c’est un recommencement éternel – des corps plutôt parfaits. Car le retour de cette tendance est directement lié à un autre phénomène, qui peut faire grimer des dents : le retour de la maigreur sur les podiums et des corps sveltes et musclés en veux-tu en voilà sur les réseaux sociaux.
« Le body-positivisme s’est imposé plusieurs années, puis a fini par être battu en brèche, puisqu’on observe désormais un retour de la minceur. Cette tendance s’inscrit donc dans un contexte de retour à un corps plus sexualisé, davantage dans les canons de beauté de la fin des années 1990 », poursuit le tendanceur. D’après Vogue Affairessur les 9.038 looks présentés lors des défilés printemps-été 2026, 97,1 % étaient des silhouettes ultra-minces, à savoir des tailles comprises entre le 32 et le 36, confirmant le phénomène. Une nuance cependant, ce sont aujourd’hui les femmes qui jouent et s’approprient cette lingerie apparente, le string n’étant désormais plus considéré comme « une pièce avilissante », mais comme « un geste de transgression ».
Montrer… sans trop en dévoiler
Sur les tapis rouges, le string s’exhibe sous une tenue transparente ou se révèle au détour d’une robe très (très) échancrée dans le dos. Mais qu’en est-il dans la rue ? Aux Etats-Unis, ces excentricités sont permises et admises « dès qu’on est sur quelque chose de scénographié ou lié à l’entertainment », précise Thomas Zylberman. Mais beaucoup moins en France, où le string est davantage lié à l’intimité. Résultat, mieux vaut opter pour la subtilité, le « montré-caché », « dessus-dessous », « habillé-déshabillé », tout en contradiction.
Dans la veine du fameux masculin-féminin démocratisé par Yves Saint Laurent, il s’agit de porter une chemise oversize, une veste de blazer surtaillée, ou un costume d’homme, sous lesquels pourrait se deviner un sous-vêtement beaucoup plus sexy. « C’est finalement dans la contradiction et dans la superposition que la proposition devient intéressante. Le paradoxe entre sexy et décontracté, masculin et féminin, permet au sous-vêtement de devenir l’expression d’une forme de re-empowerment », souligne l’expert.
