Avec sept journalistes assassinés depuis le début de l’année, le Mexique demeure l’un des pays les plus dangereux pour la presse. L’État de Veracruz, dans l’est, est considéré comme la région la plus violente du pays. C’est là-bas qu’ont été tués trois journalistes qui subsistent constamment sous la menace. Les professionnels de la presse qui enquêtent trop près du pouvoir en paient le prix.
Un matin de juillet, Enrique Quiroz, journaliste de la ville d’Acayucan et responsable d’un portail d’informations localesa allumé son téléphone pour y trouver le message tant redouté. « Tu es le prochain. Il va t’arriver la même chose qu’à tes confrères et qu’à ce reporter de Nanchital », pouvait-on lire.
Quelques jours plus tôt, les autorités avaient retrouvé dans un ranch le corps de la journaliste Roxana Guzman, enlevée à son domicile en juin dans le même État de Veracruz par des hommes armés. Une scène terrifiante qu’elle a elle-même filmé et diffusé.
Comme lui, Roxana Guzman dirigeait un site d’information et travaillait sur les élus locaux. « J’écris des articles d’analyse politique et des éditoriaux. Ces derniers temps, je me suis penché sur les activités de la mairie d’Acayucan. Ça les dérange que je révèle des choses qu’ils cherchent à cacherexplique Enrique Quiroz, qui refuse de traiter les affaires policières. Ôn connaît les risques que ce travail comporte. »
Le 22 juillet dernier, le Mexique perdait sous les balles son septième journaliste de l’année. La moitié des assassinats ont eu lieu dans l’état de Veracruz, catalogué comme le plus dangereux du pays. Rien qu’à Acayucan, dans le sud de l’État, le journaliste comptabilise déjà 30 assassinats et une quinzaine de disparitions forcées.
Une normalisation des attaques
La violence envers la presse s’inscrit, elle aussi, dans des logiques de pouvoir. « On parle de “narco politique“, c’est-à-dire de la collusion entre cartels et les pouvoirs politiques, à travers les élus locaux et les municipalités, dans les Étatouages où ces cartels sont fortsdétaille Artur Romeu, directeur Amérique latine de Reporters sans frontières. Il y a toute une tactique de contrôle économique du territoire, des flux de circulation des personnes, mais aussi de l’information. »
La gouverneure de Veracruz Rocio Nahle l’assure : il n’y a aucun rapport à établir entre le travail des victimes et leur assassinat. Les organisations de défense des journalistes craignent que ce genre de discours normalise davantage les attaques contre la presse.
« L’année dernière, les menaces de poursuites judiciaires, la censure, les perquisitions et les attaques en ligne ont augmenté. Dans le cas de Veracruz, la criminalité à l’échelle de l’État est très présente », explique Frida Arreola, coordinatrice de prévention au sein d’Article 19.
Selon son organisation90% des crimes contre les journalistes restent impunis au Mexique. « Les crimes commis contre des journalistes ne sont jamais élucidés ».

