
Politique de logement et ségrégation, immigration et urbanisme, constructions et représentations : dans « Bâtir », Salim Djaferi interroge l’influence du colonialisme sur la façon de concevoir les villes en France. Dans « Rumba », David Murgia conclut une trilogie sur la précarité et l’exclusion sociale, après Laïka et Pueblo.
Deux spectacles sont à l’honneur aujourd’hui ! Leur point commun ? Mettre en récit l’exclusion sociale.
Côté « IN » Batir de Samir Djaferi
Le metteur en scène retrace l’histoire de la politique urbaine en France, celle qui a vu surgir les grands ensembles de banlieue. Il nous entraîne dans les archives du département de la Seine-Saint-Denis autant que dans la mémoire familiale, pour mettre en lumière la dimension raciale des politiques de logement social depuis les années 1950.
Côté « OFF », Rumba de David Murgia
David Murgia nous plonge dans l’histoire d’un spectacle joué sur les parkings de la périphérie. Un acteur et un musicien y répètent une pièce sur Saint-François d’Assise. Au fil de leurs rencontres, ils donnent voix à des hommes et des femmes relégués aux marges, écartés de la société et rendus invisibles.
C’est le troisième volet de la « Trilogie des pauvres diables », que David Murgia et l’auteur italien Ascanio Celestini, au regard presque anthropologique, consacrent à l’exclusion sociale après Laïka (2017) et Village (2020).
Ils ont à cœur de raconter les invisibles : « Ils n’ont pas d’auteurs à proximité, pas de réalisateur pour raconter leurs histoires, ne savent pas forcément les écrire, mais des histoires, ils en ont un tas.. »
Rumba suit deux personnages qui observent les gens, inventent leurs vies, puis se rendent sur un parking pour y jouer un spectacle autour de Saint-François d’Assise.
Saint François d’Assise (1181/1182-1226), fondateur de l’ordre des Franciscains et grande figure de la spiritualité chrétienne, issu d’une famille aisée, renonce à toutes ses richesses pour vivre dans la pauvreté, la simplicité et au service des plus démunis, à l’imitation du Christ.
Je me sens chanteur de récit.
Le spectacle fait surgir une galerie de pauvres, de figures marginalisées : ceux qui affirment qu’il faut se souvenir du nom des morts en Méditerranée pour les entrer dans le cœur des vivants, mais aussi les racistes, comme Giovanni, personnage qui tient des propositions ouvertement haineux contre les gitans.
Dans BatirSalim Djaferi mène l’enquête. À partir de l’histoire de sa propre famille, il déploie un récit plus large. Sur un ton doux, toujours souriant, il raconte pourtant l’implacable : les assignations, les orientations forcées, qu’il rejoue inlassablement par des gestes – à droite, à gauche, les deux bras tendus pour indiquer la direction – comme les stewards et hôtesses de l’air dans un avion. Il choisit de ne montrer aucune image des cités ni des immeubles : tout passe par le corps.
“Je raconte la périphérie mais aussi le centre, s’il ya une périphérie, il ya forcément un centre”
Il raconte la politique raciale mise en place pour loger les immigrés à partir des Trente Glorieuses, cette période de prospérité qui convient à la Seconde Guerre mondiale en France. Il raconte la manière dont les bidonvilles ont été « résorbés » dans les années 1950, et sa découverte, aux archives départementales, de notes administratives où l’on classe les demandeurs de logement social selon « leur distance culturelle vis-à-vis de la France ».
Un spectacle très politique, qui n’accuse pas un gouvernement plutôt qu’un autre, mais met en lumière un cadre racial, une sorte de pensée collective structurante.
Invitations:
Salim Djaferi, metteur en scène de Batir, et David Murgia, co-auteur et comédien. La Rumba est à voir au théâtre des Doms.
Programmation musicale :
L’artiste Lisette Lombe et Marc Namour sur RFI avec le titre « Ma langue »: unextrait de leur spectacle Ce que le ventre dit qui se joue au théâtre des Doms et que l’on verra la saison prochaine à Paris au 104.

