
Dans Et si on arrêtait de penser au masculin ?publié aux éditions Le Robert, le psycholinguiste Pascal Gygax démonte les mécanismes de la masculinisation de la langue et montre en quoi ils influencent en profondeur notre vision de la société.
Un père et son fils parent en voiture à la campagne. Sur le chemin, ils ont un accident. Le père meurt mais le fils survit et est amené aux urgences. Arrivé à l’hôpital, le chirurgien de garde dit : “Je ne peux pas opérer car c’est mon fils !” Comment cette situation est-elle possible ?
C’est par cette devinette, qui s’avère être une question assez structurante, que commence l’essai co-écrit par Pascal Gygax ! La réponse est la “mère” mais beaucoup de gens testés ont eu beaucoup de peine à trouver la solution, comme si notre cerveau ne pouvait le capter immédiatement ! “Il ya un stéréotype ! On n’est pas habitué à l’association “chirurgien/femme”. En langue française, on a un autre problème: on utiliser le masculin pour parler de personnes qui ne sont pas homme (médecin, professeur….)”.
C’est ce qu’on appelle le masculin générique…
Pour le chercheur, le cerveau a du mal à considérer spontanément le féminin lorsqu’il doit souvent lever une ambiguïté entre un féminin et un masculin. «Mais notre cerveau n’aime pas laisser des cases vides : lorsqu’il doit trancher, il va plutôt se tourner vers le masculin. C’est une forme d’androcentrisme. Nous voyons le monde à travers un prisme plutôt masculin, parce que nous y avons été exposés depuis tout petits. »
Mais commenter est-il arrivé là ?
Tout d’abord il y a eu des vagues de “masculinisation de la langue” notamment à partir du 17e siècle : des mots comme “autrice” ont disparu. “Une manière de dire aux femmes que les métiers tel que docteur, philosophe, sont réservés aux hommes ! C’est très assumé.”
Comment faire un langage plus inclusif ? Pascal Gygax nous apprend que les premières théories sur l’écriture inclusive apparaissent dans le livre de Nancy Hardesty Langage inclusif dans l’Église. Dans cet ouvrage, l’auteur proposait d’utiliser des termes épicènes “enfant de Dieu” plutôt que “fils de Dieu”.
“Il ne faut pas confondre ectiure inclusive et point médian qui est juste une des formes possibles de l’écriture inclusive” précis Pascal Gygax. D’autres stratégies existantes : changer la fonction grammaticale, utiliser le pluriel ou encore utiliser à la forme passive.
On peut aussi employer des doublets : « Françaises, Français », « les femmes et les hommes ». Mais est-ce que cela peut fonctionner ? “C’est surtout une question d’habitude. Certaines formes, comme les néologismes, mettront sans doute plus de temps à entrer dans les mœurs.
Et la chronique Ailleurs nous emmène à Kinshasa en République démocratique du Congo où Israël Tshipamba, directeur du festival Ca se passe à Kin.
Inviter : Pascal Gygax, psycholinguiste, directeur de recherches à l’université de Fribourg en Suisse. Co-auteur avec de Et si on arrêtait de penser au masculin ? publié aux éditions Le Robert.
Programmation musicale :
Les artistes Sébastien Tellier & Juliette Armanet avec le titre “Attirance”

