Installée à Anglet, la finaliste de Wimbledon 1998 – qui a récemment reçu la médaille de bronze de la Fédération Française de Tennis – multiplie les allers-retours outre-Atlantique depuis quinze ans. Cette décennie et demi en tant qu’entraîneur de Tennis Canada a été ponctuée de séances entre le centre national d’entraînement de Montréal et le centre régional de Toronto. « J’ai un contrat de vingt-cinq semaines où je suis payée à la semaine, précisait-elle à « La Presse », le média québécois en août 2025. Pour l’instant, ça fonctionne bien comme ça. Mais pourquoi pas, un jour, venir vivre à Montréal… »

Nathalie Tauziat dans sa maison d’Anglet, le 11 mai 2021.
Archives Émilie Drouinaud / SO
L’instance nationale espérait pouvoir accroître son rôle et sa présence au sein de l’organisation. « S’il y avait moyen de faire plus que vingt-cinq semaines, on serait à l’écoute sûr, ça, c’est », indiquait, toujours à « La Presse », Guillaume Marx, vice-président en charge de la haute performance. Coach du groupe engagé en Billie Jean King Cup (ex-Fed Cup) et membre de l’équipe qui a remporté le titre en 2023, Nathalie Tauziat s’est finalement vue offrir un nouveau poste. Elle supervise désormais le développement des joueuses de toutes les catégories d’âge au sein du programme de la haute performance. « Elle n’a pas hésité à prolonger son association avec une équipe au sein de laquelle elle se envoie comme chez elle », indique Tennis Canada, sur son site Internet.

Nathalie Tauziat a reçu la médaille de Bronze de la Fédération Française de Tennis, le 25 avril dernier.
Ligue Nouvelle-Aquitaine de Tennis
Un coaching exigeant
Considérée par certains spécialistes comme un architecte et une stratège, la lauréate de huit titres en simple (dont l’Open de Bayonne en 1990), a formé de nombreux jeunes de 14 à 18 ans. Elle a notamment débuté avec Eugénie Bouchard (2011-2013). « Quand j’ai commencé avec elle, elle était 450e mondiale, je l’ai amenée 35e. Après, elle a volé de ses propres ailes. » Elle a notamment glané Wimbledon juniors en 2012 avant de se siffler jusqu’en finale chez les seniors et au cinquième rang WTA en 2014.
« L’an prochain, je vais sûrement récupérer des joueuses plus jeunes pour les former pendant deux voire trois ans »
Tauziat a ensuite enchaîné avec Aleksandra Wozniak (2014-2016) puis Bianca Andreescu (2015-2018). « De 200e ou 300e junior, je l’ai amenée dans le top 5 de la catégorie, rembobine-t-elle. Quand j’ai arrêté avec elle, elle avait intégré le top 100 WTA. » Derrière, à 19 ans, la native de Mississauga (banlieue de Toronto) a créé la sensation en dominante la légende Serena Williams en finale de l’US Open 2019. Grâce à cette victoire en Grand Chelem, elle est montée jusqu’à la quatrième place mondiale.

Avant de coacher Victoria Mboko, Nathalie Tauziat a entraîné Eugénie Bouchard (2011-2013), Aleksandra Wozniak (2014-2016) et Bianca Andreescu (2015-2018).
Sarah-Jäde Champagne / Tennis Canada
« J’ai eu la chance de bosser avec de bonnes joueuses, qui ont adhéré à mon système de travail. » Un coaching exigeant, qui s’appuie sur la rigueur tactique. « Il y a tout un travail physique et technique à mettre en place qui fait que la joueuse devient plus performante. Des programmations intelligentes à faire aussi », ajoute Tauziat, dont la longévité a longtemps impressionné.
« Projet Mboko »
L’an dernier, l’ex-membre du top 50 sans interruption de mars 1987 à décembre 2001 (seules les historiques Martina Navratilova et Chris Evert ont réalisé pareil exploit) a suivi de près la fulgurante progression et ascension de Victoria Mboko. Aux côtés de Tauziat, l’Américaine d’origine a appris à varier son jeu, à imposer sa personnalité sur le court. Elle s’est forgée un mental de fer.
« Quand on l’a récupérée (en novembre 2024, NDLR), on avait établi une programmation en fonction de son niveau. On est monté crescendo. Après une bonne période d’entraînement, nous étions parties sur un petit circuit en Martinique où elle avait pris énormément de confiance. Elle avait pratiquement gagné 24 matchs de suite de janvier à mars. Derrière, elle a reçu une wild-card pour le tournoi de Miami (WTA 1 000). Au deuxième tour, elle avait accompli une très belle prestation contre Paula Badosa (tête de série n°10). » Une rencontre perdue à l’issue de trois ensembles serrés (5-7, 6-1, 6-7). Quatre mois plus tard, Mboko est de nouvelle invitée. À Montréal, cette fois. Chez elle. Et va au bout, victorieuse face à l’ex-numéro 1 mondiale, Naomi Osaka. « On ne s’y attendait pas trop, se réjouit Tauziat. C’était la cerise sur le gâteau. »
Arrivée de nulle part, sa coach a dû la protéger au mieux d’une médiatisation soudaine. « On ne pensait pas que ça puisse aller aussi vite. Maintenant, il va falloir qu’elle creuse tout cela. Ça va être une année de transition. Il faut qu’elle continue de travailler pour qu’elle puisse conserver un niveau de jeu intéressant et cohérent. Maintenant, je ne suis plus avec Vicky. Ce sont les gens autour d’elle, à commencer par son agent, qui gèrent. » La coopération entre les deux femmes a été stoppée d’un commun accord en février, après un an et demi couronné de succès. Aujourd’hui pensionnaire du top 10 WTA, Mboko « était classé 350e fin 2024 », rappelle Tauziat.

Nathalie Tauziat en conférence de presse après le sacre de Victoria Mboko au WTA 1 000 de Montréal, en août 2025.
Sarah-Jäde Champagne / Tennis Canada
Nouveau cycle
Désormais, la technicienne s’apprête à repartir sur un nouveau cycle. À ce jour, elle écume les tournois juniors (Hanovre J200, Milan J500, Charleroi J300) aux côtés d’Avery Alexander, Andrea Cabio et Nadia Lagaev. Cette dernière, 24e mondiale U18 en janvier, disputera Roland-Garros juniors (31 mai-6 juin). « L’an prochain, je vais sûrement récupérer des joueuses plus jeunes pour les anciennes pendant deux voire trois ans. » Et peut-être lancer, propulser, une nouvelle pépite canadienne vers un titre majeur.

