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Maxime Ponsot
Publié le
Considérable, mais inconnu. Voilà le bilan humain de la guerre en Ukraineversez le troisième triste anniversaire du lancement de l’invasion du pays par la Russiele 24 février 2022. Et du retour de la guerre sur le sol européen.
Pour autant, l’ampleur de son bilan reste inconnueencore en ce mois de février 2025. Car les bilans chiffrés des belligérants, civils comme militaires, ne sont pas évidents à estimer.
Et ce, en pleines tensions diplomatiques, alors que le président des États-Unis Donald Trump veut entamer « très bientôt » des discussions avec le président russe Vladimir Poutine sur la fin du conflitet alors que le président ukrainien Volodymyr Zelensky et l’Europe, y comprennent leur homologue français Emmanuel Macroncraignent d’en être tenu à l’écart.
Tour d’horizon de ce que l’on sait et ce que l’on ignore du bilan humain du conflit armé, qui a fait des centaines de milliers, voire un million, de morts et de blessésd’après les déclarations ukrainiennes ou russes et les estimations occidentales. Avec quelques chiffres qui ont marqué la troisième année de guerre entre l’Ukraine et la Russie.
Le secret des pertes militaires
Moscou comme Kiev se montrent discrets sur leurs propres pertes militaires, et l’Agence France-Presse ne cite pas celles que chaque camp affirme infliger à l’autre.
Du côté de l’Ukraine, dans une rare estimation publique auprès de la chaîne américaine BNCVolodymyr Zelensky a déclaré mi-février 2025 que plus de 46 000 de ses soldats avaient été tués et quelque 380 000 autres blessés.
Le correspondant de guerre ukrainien Iourii Boutoussov, un journaliste indépendant et respecté, a lui indiqué en décembre 2024 que ses sources au sein de l’armée avaient décompté 70 000 morts et 35 000 disparus.
Divers médias occidentaux, citant des sources occidentales, ont évoqué des bilans variantes très largement, comprenant entre 50 000 et 100 000 morts au combat.
De son côté, la Russie n’a pas communiqué sur ses pertes depuis l’automne 2022, lorsqu’elle avait reconnu moins de 6 000 soldats tués.
Plusieurs projets indépendants se fondent sur des sources ouvertes, comme la publication de faire-part de décès, ont établi des bilans très lourds. Le site indépendant Médiazone et le service russe de la BBC dire avoir identifié jusqu’ici 91 000 soldats russes tués.
Fin 2024, le secrétaire américain à la Défense de l’époque, Lloyd Austin, avait évoqué 700 000 militaires russes morts ou blessés. S’ajouteraient à cela des soldats nord-coréens, au front pour combattre aux côtés de la Russie : entre 1 100, selon la Corée du Sud, alliée des États-Unis, et 3 000, selon l’Ukraine.
L’inconnue du bilan civil
Côté ukrainien le décompte des civils tués reste « approximatif », reconnu auprès de l’AFP un haut responsable de la présidence, en préférant garder l’anonymat. Volodymyr Zelensky avait, lui, déclaré début février 2025 que Vladimir Poutine avait « tué des dizaines de milliers de civils » ukrainiens avec son invasion.
Les décomptes existants sont incomplets, faute d’accès aux territoires occupés par la Russie, où se trouvaient la majorité des corps. Pour le haut responsable de la présidence ukrainienne, le bilan humain ne sera « clair » que si l’Ukraine accède à un jour aux territoires occupés ainsi qu’aux « fosses communes » qui s’y trouvent, selon Kiev.
La mission de surveillance des droits humains de l’ONU en Ukraine (HRMMU) a identifié à ce jour 12 500 civils tués et quelque 28 400 autres blessés. Mais le bilan réel est « probablement bien, bien plus élevé », admet Danielle Bell, cheffe de la mission.
Ainsi, le seul siège de Marioupol, au début de l’invasion, aurait fait des dizaines de milliers de morts. Différents responsables ukrainiens ont évoqué des bilans variant de 20 000 à 80 000 tués dans cette ville, aujourd’hui sous contrôle russe.
Côté russe, Moscou ne publie pas de décompte détaillé des civils tués sur son sol, les rapporteurs au cas par cas, au gré de frappes ukrainiennes.
Dans les régions frontalières de Koursk, cible d’une offensive ukrainienne depuis août 2024, et Belgorod, quelque 350 civils ont été tués selon des bilans des autorités régionales et l’agence d’État Ria Novosti publié fin 2024.
Des dizaines de milliers de disparus
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a dit travailler sur quelque 50 000 dossiers de personnes disparues, civiles comme combattants et des deux côtés du conflit. Ce n’est probablement que « la partie émergée de l’iceberg », estime son porte-parole, Pat Griffiths.
Les autorités ukrainiennes ont pour leur part établi un registre de personnes portées disparues, qui compte en février 2025 quelque 63 000 noms.
Aucun chiffre de disparition n’a été rendu public en Russie. Une vice-ministre russe de la Défense, Anna Tsiviliova, a cependant laissé échapper en novembre 2024 que la Russie avait reçu quelque 48 000 demandes de tests ADN de membres de la famille de soldats combattants en Ukraine et recherchant un proche.
4 360 km² contrôlés par les Russes en Ukraine
Les forces russes ont avancé de 4 360 km² en Ukraine depuis le 24 février 2024, soit près de 22 fois plus que pendant la deuxième année de guerre (200 km²), selon l’analyse par l’AFP des données fournies par l’Institut américain pour l’étude de la guerre (ISW), arrêtées au 16 février 2025.
Près des trois quarts du territoire pris par les Russes sont situés dans la région orientale de Donetsk, où les troupes russes ont revendiqué, le 7 2025, la prise de Toretsk et sont aux portes d’une autre ville minière d’importance, Pokrovsk.
500 km² contrôlés par les Ukrainiens en Russie
Début août 2024, les troupes ukrainiennes ont lancé une attaque surprise dans la région frontale de Koursk (ouest de la Russie), où elles s’accrochent toujours malgré les contre-offensives russes lancées pour les expulser. Le 13 février 2025, Kiev a dit y contrôler 500 km², soit deux tiers de moins que les 1 400 km² revendiqués au début de l’attaque.
Des centaines de civils russes n’ont pas eu le temps d’évacuer et se trouvent toujours dans la zone près des combats, coupés de leurs familles et du reste de la Russie. Volodymyr Zelensky s’est récemment dit prêt à un « échange » de territoire en cas de négociations de paix avec Moscou, tentant ainsi de monnayer cette petite partie occupée de la région. Une hypothèse cependant rejetée par le Kremlin.
De futurs pourparlers qui inquiètent
Une aide économique et militaire à l’Ukraine de 61 milliards de dollars a été votée en avril 2024 aux États-Unis, après des mois et des mois de traités au Congrès. Entre la réélection de Donald Trump en novembre 2024 et la passation du pouvoir du 20 janvier 2025, l’administration de Joe Biden s’est évertuée à accélérer son aide. Elle a notamment débloqué 20 milliards de dollars, sa part d’un prêt de 50 milliards promis par le G7 et qui sera financé par les intérêts des avoirs russes gelés du fait des sanctions internationales.
Mais changement d’ambiance du côté du Pentagone, depuis l’investiture de Donald Trump, qui a rencontré à mal le soutien américain à l’Ukraine. Il a récemment dit vouloir un accès aux ressources minières stratégiques ukrainiennes en échange de la poursuite de l’aide américaine, une proposition à laquelle Volodymyr Zelensky se montrerait ouverte.
Sauf que, depuis, Donald Trump s’en est pris plusieurs fois avec virulence à Volodymyr Zelensky la semaine dernière. Son rapprochement avec Vladimir Poutine fait craindre une rupture entre Washington et Kiev, qui dépend de manière cruciale de l’aide américaine pour résister à l’invasion russe.
Après avoir présenté Volodymyr Zelensky comme un « dictateur sans élections », Donald Trump a considéré que les Russes lui avaient « pris beaucoup de territoires ». Et qu’ils ont donc « les cartes en main », contrairement à l’Ukraine qui, toujours selon lui, n’en a « aucune », dans de potentielles négociations pour mettre un terme à la guerre.
(Source : AFP)
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