
Comment un jeu vidéo avec des avis très positifs peut-il en quelques jours seulement subir ce qu’on appelle du « review bombing », soit une avalanche de revues négatives en très peu de temps ? La rédaction décrypte.
Tuez la flèche est un jeu de cartes indépendant sorti en 2019. Son principe : affronter des ennemis et des créatures pour ensuite grimper une tour. Développé par le studio Mega Crit, le jeu avait été salué par les joueurs et les critiques qui attendaient avec impatience son deuxième opus paru le 5 mars dernier en accès anticipé.
Plus de 580 000 personnes se sont connectées simultanément sur la plateforme Steam pour le découvrir, son succès est donc sans appel, comparé aux 193 joueurs qu’il avait réunis lors de sa sortie en accès anticipé en 2017. Et pourtant, depuis le 5 mai dernier, ce sont désormais des milliers d’avis négatifs qui envahissent les commentaires sur le jeu. Mais que reprochent-ils à Tuez la flèche 2 ?
La présence d’un personnage féminin ? Noir ? LGBTQ+ ? Cela aurait pu en être ainsi, on commence à connaître ce côté sombre des joueurs. Mais non, il ne s’agit pas d’un problème lié au contenu du jeu, mais plutôt à un nom qui apparaît dans ses crédits, celui d’Anita Sarkeesian.
Le renouvellement du Gamergate
Anita Sarkeesian est l’une des cibles du mouvement « Gamergate » qui, en 2014, regroupait des joueurs autour d’une campagne de harcèlement de développeurs et journalistes de jeux vidéo. Anita Sarkeesian était prise pour cible à cause de ses recherches sur la représentation des femmes dans les jeux vidéo. Elle était donc accusée de ruiner les jeux en y intégrant de la politique et, douze ans plus tard, elle reste dans le viseur des partisans du « Gamergate », comme j’ai pu le lire dans les commentaires d’une publication sur le site Reddit. « Cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu son nom, j’espérais qu’elle abandonne les médias et devienne serveuse », ou encore : « Je n’ai jamais autant regretté d’avoir acheté un jeu. Je ne jouerai plus jamais à un de leurs jeux. »
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Des critiques contradictoires
Tout cela parce qu’Anita Sarkeesian est notée comme « consultante » dans les crédits de Tuez la flèche 2. Consultante d’accord, mais quel a été son rôle précisément ? On n’en sait rien. Ce qui rend cette polémique encore plus absurde, puisqu’on ne sait pas si elle a travaillé sur les représentations ou si elle a par exemple participé à la conception de l’herbe dans le jeu.
Mais le plus drôle dans tout cela, ce sont les commentaires contradictoires des personnes qui se plaignent de sa contribution tout en reconnaissant que le jeu est de bonne qualité. On peut se demander s’il faut réellement donner de l’importance à ces attaques négatives. Que le jeu soit réussi signifie peut-être qu’Anita Sarkeesian fait du bon travail ? Finalement, qui a détruit les jeux vidéo ? Ceux qui hurlent à l’évocation du nom d’une femme ou celles qui contribuent à faire des bons jeux ? On vous en laisse juger.
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