Ceux qui avaient cru que la ville d’Abidjan ne connaîtrait plus les déguerpissements de masse tels que vécus en 2024 et 2025 doivent déchanter. Cissé Bacongo vient encore une fois de relancer sa croisade contre ce qu’il nomme le « désordre urbain », en rasant le bidonville « Obama » dans la commune de Yopougon, au cours d’une opération brutale qui a totalement pris de court les habitants.
Et pourtant, un comité interministériel a été mis en place au lendemain des premiers déguerpissements en février et mars 2024. Ce comité présidé par le Premier Ministre est officiellement chargé de cette question. Ce qui signifie que le gouverneur Bacongo ne peut tout seul prendre la décision de déguerpir des zones d’habitation. Mais l’homme a continué de décider seul, d’ignorer ce comité, défiant l’autorité du Premier Ministre, et de son ministre de tutelle, le Général Vagondo Diomandé, ministre de l’intérieur et de la sécurité.
Bacongo ne s’est pas arrêté là. Il a interdit aux deux et trois roues, certains axes dans la ville d’Abidjan, et aux Gbakas certaines zones, au mépris des dispositions qui stipulent que c’est bien l’AMUGA ( l’Autorité pour la Mobilité Urbaine du Grand Abidjan ) qui est en charge de ces questions. Bacongo a fait fermer le parc à bétail de Port Bouët, et a décidé de son transfert vers Anyama, sans aucune concertation avec le Ministère des Ressources Animales et Halieutiques, pourtant cogestionnaire de ce site. Il a fait interdire une cérémonie au cours de laquelle le personnel de l’abattoir devait être renouvelé, humiliant au passage le ministre Sidi Tiémoko des ressources animales.
Le 12 mai dernier, la presse annonçait que la Mairie de Yopougon et le District d’Abidjan s’accordaient sur une opération pour la libération des trottoirs et des ouvrages de drainage dans la commune de Yopougon. Deux jours plus tard, le bidonville « obama » est entièrement rasé, et des centaines de familles de nouveau à la rue, une opération brutale sans solutions de recasement, encore moins de dédommagement, des choses prévues dans la loi, que l’occupation du site soit illicite ou pas. Pourquoi ce monsieur prend-t-il toujours ce malin plaisir à infliger des souffrances aux populations ? Pourquoi un tel zèle à casser ? Le gouvernement avait pourtant donné l’assurance que les déguerpissements n’auraient plus lieu, et que les zones seraient plutôt réhabilitées.
On remarquera qu’il ne s’est jamais aventuré dans la commune d’Abobo, alors qu’on y trouve le plus de quartiers précaires, un désordre urbain plus visible, une occupation des trottoirs et des sites de drainage plus problématiques. Bacongo évite la commune pour la simple raison qu’à sa tête, nous avons une dame forte, Kandia Camara, la présidente du Sénat, qu’il a peur d’affronter, alors qu’aujourd’hui à Yopougon, le Maire Adama Bictogo est affaibli, c’est un homme en sursis.
Aujourd’hui personne au sein du pouvoir ne peut faire entendre raison à Bacongo. On se demande même s’il ne détient pas la réalité du pouvoir. Alors qu’il a présidé aux sanctions des élus du RHDP qui avaient fait preuve d’indiscipline en se portant candidat aux législatives sans l’investiture du parti, Bacongo se comporte lui-même en agent du désordre en ne tenant aucun compte des dispositions qui encadrent ses prérogatives. Il se croit au-dessus du gouvernement. Il n’est soumis à aucun contre pouvoir, il agit comme un électron libre. C’est bien triste. Le Premier Ministre étant impuissant, il est à espérer que le Vice-Premier Ministre Téné Birahima Ouattara intervienne avant que davantage de zones ne soient rasées dans la commune.
Montagne Douglas
océanpremier4@gmail.com
Le Cercle des Réflexions Libérales

