La dérive autoritaire d’une fédération en plein chaos. Alors que l’African Taekwondo Union (AFTU) a officiellement ouvert une enquête visant la Fédération ivoirienne de taekwondo (FITKD), le champion olympique et champion du monde 2023, Cheick Sallah Cissé, fait l’objet d’un boycott institutionnel en interne. Derrière l’appel à boycotter son prochain camp d’entraînement se dessine une véritable guerre de pouvoir entre une icône sportive réclamant une meilleure gouvernance et une direction fédérale de plus en plus contestée.
L’enquête qui fait trembler
C’est un courrier, laconique, comminatoire qui en dit longtemps sur le climat délétère qui règne actuellement au sein de la famille du taekwondo en Côte d’Ivoire. Relayée par le président de la Ligue du district autonome de Yamoussoukro, une note envoyée aux maîtres de salle et clubs affiliés les inviter, de manière à peine voilée, à s’abstenir de toute participation au Training Camp prévu, le 9 mai 2026 à l’INP-HB, à Yamoussoukro. L’événement, pourtant organisé par l’unique médaillé ivoirien aux Jeux Olympiques de Paris 2024 et figure tutélaire de la discipline, Cheick Cissé, est perçu comme une menace. La raison explorée par la faîtière ? La Fédération ivoirienne de taekwondo (FITKD) refuse d’associer son image à l’athlète en attendant la résolution d’une situation institutionnelle brûlante : la saisine, par ce même champion, de la World Taekwondo et de l’African Taekwondo Union (AFTU).
En effet, cette tentative d’ostracisation intervient dans un contexte explosif. L’AFTU a récemment désigné un enquêteur officiel pour instruire une requête déposée par Cheick Cissé. Le champion olympique, propulsé au rang d’ambassadeur d’une Côte d’Ivoire solidaire et rayonnante, a pris l’initiative de dénoncer les maux qui, selon lui, minent et menacent de mort programmés le taekwondo ivoirien. Les chagrins portés par le champion, qui devront être rigoureusement établis par l’instruction en cours, dépeignent une situation préoccupante.
Une gestion fédérale sous le feu des critiques
Parmi les allégations soulevées dans la pétition, Cissé pointe une protection insuffisante des athlètes, mettant en exergue des cas présumés de harcèlement nécessitant un examen approfondi de la part des instances continentales. Sur le plan de la gouvernance, les accusations font état d’une gestion financière qui souffrait d’opacité, marquées notamment par l’absence d’une certification des comptes par les commissaires aux comptes. S’y ajoute une exclusion quasi-systématique des athlètes des instances dirigeantes, posant la question cruciale de la représentativité au sein de la FITKD et d’une contestation interne persistante. De plus, la pétition soulève des doutes sérieux quant à la conformité des pratiques de la fédération avec les exigences strictes dictées par la World Taekwondo.
Ces éléments viennent cristalliser une opinion de plus en plus sévère à l’égard de la gestion de l’actuel président, Jean-Marc Yacé. Dans les cercles sportifs et parmi les observateurs avertis, les critiques se font acerbes. Sous son mandat, le taekwondo ivoirien semble s’enliser dans une régression notable, rongée par des querelles picrocholines et une gouvernance souvent perçue comme unilatérale. Au lieu de capitaliser sur l’élan exceptionnel généré par les médailles de ses prodiges, la fédération s’enferme dans une gestion à problèmes, s’éloignant des standards internationaux et ternissant l’image d’un sport qui a tant donné à la nation.
Cissé Cheick, l’homme à abattre
Dans cette atmosphère étouffante, Cheick Sallah Cissé est devenu, aux yeux de certains dirigeants, l’empêcheur de tourner en rond, voire « l’homme à abattre ». Pourquoi une telle hostilité envers le prix d’excellence national 2023 ? La réponse semble se trouver sur le terrain des ambitions politiques internes. L’athlète modèle ambitionne légitimement d’apporter son expertise à la tête de la FITKD, pour redonner à son sport ce qu’il a reçu. Or, l’Assemblée générale du 28 décembre 2025 s’est singularisée par des modifications statutaires fortement contestées, notamment l’instauration d’un âge minimum de 40 ans pour briguer la présidence. Pour de nombreux analystes, cet acte apparaît délibéré et taillé sur mesure pour écarter de potentiels jeunes adversaires. Un paradoxe saisissant dans un pays où la constitution permet d’être candidat à la présidence de la République dès 35 ans. À croire que l’instance dirigée par Jean-Marc Yacé se considère au-dessus des lois de l’État et des normes démocratiques élémentaires.
La Côte d’Ivoire, autrefois locomotive du taekwondo africain, se recroqueville aujourd’hui sur une gestion clanique et conflictuelle. En punissant la guerre à l’unique médaillé ivoirien des JO de Paris 2024, Jean-Marc Yacé ne s’attaque pas seulement à un homme, il insulte l’excellence et décourage la jeunesse qui voit en « Polo » un modèle de réussite et d’intégrité.
Le taekwondo ivoirien est à la croisée des chemins. Entre la préservation d’un pouvoir controversé, qui s’accroche à ses privilèges par la force et l’intimidation, et le renouveau porté par ses icônes mondiales, le choix devrait être une évidence pour tous les amoureux du sport. Mais dans cette guerre malsaine et asymétrique, la raison semble avoir déserté les bureaux de la FITKD. Jean-Marc Yacé et ses soutiens ont choisi la politique de la terre brûlée, préférant sacrifier le prestige de la nation et l’avenir des jeunes athlètes sur l’autel d’une survie politique de plus en plus contestée. Le champion olympique, lui, reste debout, porté par la légitimité de ses titres et l’espoir de toute une génération qui refuse de voir son sport sombrer dans l’abîme.
OUATTARA Gaoussou

