Un grand coup. CMA CGM, le géant français du transport maritime et de la logistique, par ailleurs troisième armateur mondial, a choisi la Côte d’Ivoire comme siège de ses opérations africaines. Le bureau d’Abidjan devient ainsi le premier centre décisionnel régional du groupe installé directement sur le continent qui pilote les opérations pour l’Afrique de l’Ouest, de l’Est et australe..
« C’est un grand plus pour la Côte d’Ivoire (…) nous sommes très heureux de l’accueillir. Je l’encourage à nous faire confiance. Toutes les facilités lui seront offertes pour que nous puissions aller de l’avant », a déclaré le Président de la République Alassane Ouattara au sortir de l’audience qu’il a accordé au PDG de CMA-CGM Rodolphe Saadé le 23 avril dernier.
C’est effectivement un grand plus pour le pays. En effet, l’installation du bureau régional de CMA CGM à l’Ivoire Trade Center, en avril 2026, génère déjà des impacts économiques tangibles pour la Côte d’Ivoire.
Ainsi en matière d’investissements portuaires et logistiques, le groupe prévoit de participer à l’exploitation du Terminal 1 du Port d’Abidjan et d’investir dans des espaces logistiques sous douane pour désengorger les installations existantes. Ces projets vont moderniser les infrastructures portuaires et augmenter la capacité d’accueil des flux commerciaux, renforçant la compétitivité du pays sur les routes maritimes internationales.
En termes de création d’emplois, le bureau régional regroupe déjà 110 collaborateurs dans des fonctions stratégiques telles que le commerce, la tarification des exportations, le service client, l’intermodal et la gestion des équipements. CMA CGM met l’accent sur la montée en responsabilité des cadres locaux, favorisant la formation et l’emploi des talents ivoiriens. Cette politique contribue à l’émergence d’une expertise nationale dans un secteur hautement spécialisé.
Par ailleurs, grâce à sa filiale CEVA Logistics, CMA CGM déploie des solutions multimodales combinant maritime, ferroviaire et route pour acheminer des marchandises sensibles vers l’intérieur du pays et la sous-région. Cette stratégie améliore la compétitivité des exportations ivoiriennes – cacao, noix de cajou, pétrole – tout en particulier les coûts logistiques. Elle positionne ainsi Abidjan comme un point de passage incontournable pour les flux commerciaux régionaux.
L’installation du bureau régional CMA-CGM à Abidjan est donc une victoire supplémentaire pour la Côte d’Ivoire et montre la qualité du lobbying du gouvernement ivoirien d’autant plus que d’autres pays désiraient abriter ce bureau. Cela montre la crédibilité de la Côte d’Ivoire dont le climat des affaires rassure les investisseurs. Et les tenues.
812,67 milliards FCFA d’investissements agréés en 2025
En 2025, le CEPICI a ainsi agréé 154 projets, contre 146 en 2024, traduisant une dynamique de croissance. Les investissements agréés ont progressé de 9,6 % par rapport à l’année précédente (741,46 milliards FCFA en 2024). Sur la période 2021-2025, plus de 4 300 milliards FCFA ont été mobilisés, soit 66 % des objectifs fixés à 6 400 milliards dans le Plan national de développement (PND).
Cette performance s’appuie sur des fondamentaux solides : une croissance économique supérieure à 6 % depuis 2012, avec une projection de 6,7 % entre 2025 et 2030. Les secteurs porteurs restent l’agro-industrie, notamment la transformation de l’anacarde et du cacao, ainsi que les hydrocarbures, avec les gisements Baleine et Calao. Le secteur minier, en plein essor, devrait positionner la Côte d’Ivoire comme un acteur majeur d’ici 2030, avec plus de 100 tonnes d’or extraites.
La dynamique entrepreneuriale s’est poursuivie avec 26 948 entreprises créées en 2025, soit une hausse de 6 % par rapport à 2024. Le dispositif d’Aftercare, qui accompagne les investisseurs déjà implantés, a résolu 94 % des chagrins exprimés et visité 170 entreprises, dont 62 % ont signalé des préoccupations. Ce mécanisme s’impose comme un pilier de compétitivité, facilitant les réinvestissements et fidélisant les investisseurs.
Les notations internationales confirment également la solidité du climat des affaires : Moody’s (Ba3 positif), Fitch (BB stable) et Bloomfield (A+ en monnaie locale). L’indice de perception de la corruption a progressé de 36 places entre 2021 et 2024, illustrant les efforts de transparence et de gouvernance.
Une terre d’accueil des grands groupes internationaux
En l’espace de quelques années, la Côte d’Ivoire s’est imposée comme un pôle d’attraction majeur pour les multinationales. Du numérique à l’agroalimentaire, en passant par l’énergie et les infrastructures, Abidjan et ses régions concentrent désormais des investissements stratégiques qui confirment le rôle du pays comme hub régional.
Les géants des télécommunications Orange et MTN ont renforcé leur présence avec de nouveaux data centres, des services financiers mobiles et des solutions fintech. Ces investissements soutiennent la digitalisation de l’économie ivoirienne et contribuent à l’inclusion numérique.
Dans l’agroalimentaire, Nestlé a étendu ses unités de transformation du café et du cacao, tandis qu’Heineken, via Brassivoire, a accumulé ses capacités de production pour répondre à la demande régionale. Des acteurs comme Valency International et Revata Carbon investissent également dans la filière cajou et la valorisation des sous-produits agricoles.
Le secteur énergétique attire des poids lourds. TotalEnergies développe des projets liés aux énergies renouvelables en parallèle de ses activités pétrolières. Energy China Group est engagé dans la construction de centrales thermiques et biomasse, ainsi que dans des infrastructures routières stratégiques.
La Côte d’Ivoire a été choisie pour accueillir le Bureau régional Afrique du Fonds Vert pour le Climat.
En termes de transition énergétique, le 28 mars 2026, le Fonds Vert pour le Climat (FVC) a désigné la Côte d’Ivoire pour accueillir son bureau régional Afrique, comprenant l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale et une partie de l’Afrique du Nord. Cette décision renforce la visibilité internationale de la Côte d’Ivoire et son rôle comme interlocuteur privilégié sur les questions climatiques. Par ailleurs les financements du FVC permettront de soutenir des projets concrets : accès à l’énergie renouvelable, adaptation des zones rurales aux changements climatiques, protection des forêts et des ressources naturelles.
Dans les infrastructures, l’américain ABD Group a signé, le 16 avril dernier, un accord de plus de 330 milliards FCFA pour développer des projets prioritaires dans le transport, la santé et l’éducation. De son côté, Arise Ivoire investit dans des zones économiques spéciales et des projets industriels.
Ces implantations traduisent une double dynamique : logistique et industrielle d’un côté, technologique et environnementale de l’autre. La Côte d’Ivoire se positionne ainsi comme un carrefour où se croisent le commerce international, la transition énergétique, la digitalisation et l’industrialisation. Abidjan devient non seulement un centre de décision pour les multinationales, mais aussi un moteur continental capable d’attirer le monde.
Yves Kalou

